Le temps du CarĂȘme nâen est encore quâĂ son dĂ©but et, pourtant, lâĂglise veut dĂ©jĂ nous redonner du courage, en nous donnant Ă voir lâobjectif de ce temps de priĂšre, de pĂ©nitence et de partage  : la glorification de Dieu et notre propre glorification avec Lui. Dans notre itinĂ©raire de CarĂȘme, aprĂšs avoir suivi JĂ©sus au dĂ©sert pour triompher avec lui des tentations de Satan, nous sommes maintenant appelĂ©s Ă gravir avec Lui la montagne, pour dĂ©couvrir sur son visage humain la splendeur de sa divinitĂ©. Dans cet Ă©pisode, la lumiĂšre et la voix attestent la divinitĂ© de JĂ©sus : par la lumiĂšre, quelque chose de la gloire divine de JĂ©sus nous est donnĂ© pour nous rendre capable de confesser quâIl est vrai Dieu et vrai homme ; par sa voix, le PĂšre accrĂ©dite une nouvelle fois son Fils unique auprĂšs des hommes, en nous appelant Ă Ă©couter sa voix.
Comme Pierre, Jacques et Jean, nous recevons de lâĂ©pisode de la Transfiguration une force dans le grand chemin de Croix que constitue le CarĂȘme, Ă la suite de JĂ©sus. La Croix et la Gloire sont indissociables : de mĂȘme que, dans la Gloire du Ciel, JĂ©sus conservera les marques de ses souffrances, de mĂȘme, dĂ©jĂ , dans la Passion et la Croix, transparaĂźt sa gloire, câest-Ă -dire le resplendissement de son amour : la Croix est une exaltation, une Ă©lĂ©vation du Fils par le PĂšre. Dans toutes les Ă©preuves de notre vie, cette lumiĂšre nous est nĂ©cessaire. « Ce quâest ce soleil pour les yeux de la chair, JĂ©sus lâest pour les yeux du cĆur », Ă©crit saint Augustin. La lumiĂšre pour surmonter les Ă©preuves de notre vie ne peut venir que de cette Croix glorieuse de JĂ©sus, qui retourne un instrument de souffrance en instrument dâamour et de salut.
Comme Pierre, Jacques et Jean, nous voudrions rester avec JĂ©sus seul sur le Thabor, dans une union intime dâamour que la priĂšre vient permettre en nous mais, pourtant, il nous faut, tant que nous demeurons sur terre, redescendre de la montagne pour Ćuvrer ensemble Ă la charitĂ© qui transforme, peu Ă peu, mystĂ©rieusement le monde. Comme le dit saint Vincent de Paul, « on ne quitte pas Dieu pour aller Ă Dieu », on ne quitte pas JĂ©sus lorsquâon le retrouve dans le visage de nos frĂšres et sĆurs, en particulier les plus fragiles. Tel est le sens de lâunitĂ© profonde entre les trois piliers du CarĂȘme : la pĂ©nitence qui purifie notre Ăąme et notre corps, la priĂšre qui nous unit Ă Dieu et le partage qui nous tourne vers les autres, dans un chemin commun de sanctification.
« Si tu es le Fils de Dieu, dis Ă cette pierre quâelle devienne du pain ! »
Selon le Tentateur, le Fils de Dieu doit donc pouvoir rĂ©soudre le problĂšme de la faim matĂ©rielle, pour lui et pour la terre entiĂšre. Câest la tentation du matĂ©rialisme  : le sauveur du monde nâest-il pas celui qui doit fournir du pain et du bien-ĂȘtre Ă tout le monde ? « On peut tout-Ă -fait comprendre que le marxisme ait prĂ©cisĂ©ment fait de cet idĂ©al le cĆur de sa promesse de salut : il aurait fait en sorte que toute faim cesse et que âle dĂ©sert devienne du painâ.  » (J. Ratzinger – BenoĂźt XVI, JĂ©sus de Nazareth, I, p.51). Mais lâissue nĂ©gative du marxisme montre que « lĂ oĂč Dieu est considĂ©rĂ© comme une grandeur secondaire que lâon peut Ă©carter temporairement ou complĂštement, au nom de choses plus importantes, alors ces choses supposĂ©es plus importantes Ă©chouent aussi. » (p. 53). CâĂ©tait un leurre du Tentateur. Dieu considĂ©rĂ© comme moins urgent, moins important, moins nĂ©cessaire, que les choses matĂ©rielles ; Dieu secondaire, superflu, voire ennuyeux.
« Voir dans le christianisme une recette conduisant au progrĂšs et reconnaĂźtre le bien-ĂȘtre commun comme la vĂ©ritable finalitĂ© de toute religion, et donc aussi de la religion chrĂ©tienne est la nouvelle forme de cette tentation. » (p. 62).
« Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi dâici en bas », fais quelque chose de sensationnel qui montrera clairement Ă tes contemporains que Dieu est venu parmi les hommes. Beaucoup disent en effet Ă JĂ©sus : « si tu veux que nous croyions en toi et que nous organisions notre vie en fonction de la RĂ©vĂ©lation biblique, manifeste-toi de façon plus claire. » (p. 241) âSinon, on se contentera dâun salut par naturo-thĂ©rapies New-Age et philosophies bouddhistes.â« La pensĂ©e contemporaine tend Ă dire que chacun doit vivre sa religion ou peut-ĂȘtre mĂȘme lâathĂ©isme qui est le sien et que, de cette maniĂšre, il trouvera le salut. » (p. 113) âChacun sa vĂ©ritĂ©, car la RĂ©vĂ©lation nâa pas Ă©tĂ© assez claire.â
« Le Tentateur nâa pas la grossiĂšretĂ© de nous inciter directement Ă adorer le diable. Il nous incite seulement Ă choisir ce qui est rationnel, Ă donner la prioritĂ© Ă un monde planifiĂ© et organisĂ©, oĂč Dieu en tant que question privĂ©e peut avoir une place, sans avoir pourtant le droit de se mĂȘler de nos affaires essentielles. Soloviev [dans un Ă©crit de 1900 intitulĂ© âCour rĂ©cit sur lâAntĂ©christâ] attribue un livre Ă lâAntĂ©christ : âLe Chemin public vers la paix et le bien-ĂȘtre du mondeâ, livre (âŠ) dont le contenu vĂ©ritable est lâadoration du bien-ĂȘtre et de la planification raisonnable. » (p. 61, cf. p. 55).
La question que pose ces tentations « est de savoir ce que doit faire un sauveur du monde. » (p. 61) « Que nous a apportĂ© JĂ©sus sâil nâa pas fait advenir un monde meilleur ? » (p. 62) « Nous continuons de penser que si JĂ©sus voulait ĂȘtre le Messie, il aurait dĂ» nous apporter lâĂąge dâor. » (p. 63). Nous continuons de penser quâil devrait se manifester plus clairement. Câest encore un leurre.
Tout messianisme qui prĂ©tend apporter tout bien ĂȘtre « reste un royaume humain, et celui qui affirme quâil peut Ă©riger un monde sauvĂ© approuve lâimposture de Satan et fait tomber le monde entre ses mains. » (Ibid.)
« Seule la duretĂ© de notre cĆur nous fait considĂ©rer que câest peu de chose » dâĂȘtre sauvĂ© par un Dieu comme JĂ©sus. « Encore et toujours, la cause de Dieu semble continuellement comme âĂ lâagonieâ. » (p. 64) Mais câest seulement ce Dieu lĂ qui sauve vraiment.
« A la divinisation fallacieuse du pouvoir et du bien-ĂȘtre, Ă la promesse fallacieuse dâun avenir garantissant tout Ă tous, en vertu du pouvoir et de lâĂ©conomie, il a opposĂ© la nature divine de Dieu⊠», le seul Dieu adorable et durable, le seul glorieux dans son humilitĂ© et son Amour, jusquâau don sacrificiel de soi, seule source de Vie. O Crux Ave, Spes unica. âSalut, ĂŽ Croix, notre unique EspĂ©rance.â
Don Laurent LARROQUE
«âŻJ’ai une grande douleur dans le cĆur face Ă la dĂ©gradation de la situation en Ukraine. MalgrĂ© les efforts diplomatiques de ces derniĂšres semaines, des scĂ©narios de plus en plus alarmants s’ouvrent. Comme moi, de nombreuses personnes dans le monde ressentent de l’angoisse et de l’inquiĂ©tude. Une fois de plus, la paix de tous est menacĂ©e par des intĂ©rĂȘts partisans. Je voudrais lancer un appel Ă ceux qui ont des responsabilitĂ©s politiques pour qu’ils fassent un sĂ©rieux examen de conscience devant Dieu, qui est le Dieu de la paix et non de la guerre, le PĂšre de tous et non de quelques-uns, qui veut que nous soyons frĂšres et non ennemis. Je prie toutes les parties concernĂ©es de s’abstenir de toute action qui causerait encore plus de souffrances Ă la population, dĂ©stabiliserait la coexistence entre les nations et discrĂ©diterait le droit international. Et maintenant, je voudrais lancer un appel Ă tous, croyants et non-croyants. JĂ©sus nous a appris qu’Ă l’insistance diabolique, Ă l’absurditĂ© diabolique de la violence, on rĂ©pond avec les armes de Dieu : par la priĂšre et le jeĂ»ne. J’invite tout le monde Ă faire du 2 mars prochain, mercredi des Cendres, un jour de jeĂ»ne pour la paix. J’encourage tout particuliĂšrement les croyants Ă se consacrer intensĂ©ment Ă la priĂšre et au jeĂ»ne ce jour-lĂ . Que la Reine de la Paix prĂ©serve le monde de la folie de la guerre.âŻÂ» Message de Sa SaintetĂ© le Pape François du mercredi 23 fĂ©vrier.
Par ce message, le pape nous invite Ă ouvrir le CarĂȘme par une journĂ©e de jeĂ»ne et de priĂšre pour la paix. Nous devons demander cette paix non seulement Ă lâĂ©tranger en Ukraine, mais aussi dans notre propre pays et dans notre propre vie. Cela commence par la reconnaissance que le mal habite aussi dans notre cĆur, alors que nous sommes tentĂ©s de ne le voir que chez lâautre et de faire de celui-ci le responsable de tous nos malheurs. Par lâhumble reconnaissance de notre propre pĂ©chĂ©, nous faisons la vĂ©ritĂ© sur nous-mĂȘmes, nous devenons plus doux et patients vis-Ă -vis dâautrui et plus pondĂ©rĂ©s dans nos jugements. Au contraire, lâorgueil de lâesprit nous entraĂźne Ă la duretĂ© et aux jugements hĂątifs et dĂ©sĂ©quilibrĂ©s.
Puisse le CarĂȘme qui commence ĂȘtre lâoccasion de faire la vĂ©ritĂ© sur nous, de gagner en intĂ©rioritĂ© et en componction. Câest Ă cette condition seulement que nous pourrons porter du fruit, car «âŻDieu rĂ©siste aux orgueilleux, mais aux humbles il accorde sa grĂące.âŻÂ» (Jc 4,6) LâhumilitĂ© est donc la premiĂšre des vertus Ă demander et Ă exercer pour recevoir la grĂące de Dieu et progresser. Câest ainsi que nous deviendrons les artisans de paix que le Seigneur attend pour ce monde. Paradoxalement, câest en cherchant Ă sâamender avant de vouloir changer autrui que lâimpact est le plus grand sur les autres, comme nous le montrent les innombrables exemples des saints. Ils ont transformĂ© le monde autour dâeux par attraction et non par la violence, elle qui est incapable de changer les cĆurs.
Don Axel de PERTHUIS
En attendant le CarĂȘme qui approche, nous continuons ce temps ordinaire qui suit le temps de NoĂ«l. Nous avons la chance de suivre JĂ©sus, dans lâĂ©vangile, dans des passages si savoureux. JĂ©sus aprĂšs ĂȘtre montĂ© sur la Montagne, y avoir priĂ© toute la nuit en vue de choisir les douze apĂŽtres, redescend dans la plaine pour un long discours adressĂ© tour Ă tour : aux apĂŽtres, aux disciples et aux foules. Ce long discours de JĂ©sus, nous en lisions une partie la semaine derniĂšre avec notamment les BĂ©atitudes chez Saint Luc. Cette semaine et la semaine prochaine, JĂ©sus continue son discours composĂ© de conseils et de rĂ©flexions dont le fil conducteur semble ĂȘtre la misĂ©ricorde : « Soyez misĂ©ricordieux comme votre PĂšre est misĂ©ricordieux » (Luc 6, 36).
Quoi de plus humain ? Mais aussi quoi de plus difficile ? Pour les petites offenses nous pardonnons volontiers, mais certaines deviennent difficiles Ă avaler Ă force de rĂ©pĂ©tition⊠dâautres semblent tout simplement impardonnables. De tout temps, le pardon a Ă©tĂ© la plus belle signature du chrĂ©tien car il nây a rien de plus difficile et rien qui nous fasse autant ressembler au Christ sur la croix qui prie pour ses bourreaux et intercĂšde pour eux : « PĂšre pardonne leur, ils ne savent pas ce quâils font ».
JĂ©sus nous propose ici une mĂ©thode en vue dâaimer comme il aime, câest-Ă -dire pardonner Ă ceux qui lâont offensĂ©. Luc 6,27-28 : « Mais je vous le dis, Ă vous qui mâĂ©coutez : Aimez vos ennemis, faites du bien Ă ceux qui vous haĂŻssent. Souhaitez du bien Ă ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. » Jây vois une progression. Si aujourdâhui je suis incapable dâaimer mon frĂšre qui mâa blessĂ©, sans doute je peux au moins lui faire du bien… Si je suis pour lâinstant incapable de lui faire du bien parce que mon cĆur saigne encore, je peux demander la grĂące de lui vouloir du bien, de lui souhaiter du bien⊠Si je ne suis mĂȘme pas capable de lui souhaiter du bien parce que lâoffense est trop proche, je dois prier pour lui. Cette Ă©tape est le minimum auquel JĂ©sus nous invite. Pourtant mĂȘme ceci est difficile. Si nous sommes aujourdâhui dans cette difficultĂ©, nous pouvons demander dans la priĂšre la grĂące de la conversion pour notre adversaire : quâil rĂ©alise le mal quâil nous a fait. Par la priĂšre pour nos ennemis, le Seigneur change notre cĆur  : nous pourrions un jour ĂȘtre surpris -Ă force de prier pour lui -de lui vouloir du bien⊠à force de lui en vouloir, de lui en faire⊠à force de lui en faire, de lâaimer ? et Ă force de lâaimer peut-ĂȘtre se laissera-t-il toucher par cette charitĂ© et nous fera le bien que nous attendions depuis si longtemps !
Seigneur, aide moi Ă prier pour ceux qui mâont blessĂ©, aide-moi Ă mâaccorder avec eux tant que nous sommes en chemin. Permets que je garde lâespĂ©rance de pardonner un jour complĂ©tement en vue de recevoir ta misĂ©ricorde pour entrer dans ta maison.
Don Marc-Antoine CROIPOURCELET
« Je pense, non, je suis sĂ»r, que le futur de lâĂglise viendra de personnes profondĂ©ment ancrĂ©es dans la foi, qui en vivent pleinement et purement. Il ne viendra pas de ceux qui sâaccommodent sans rĂ©flĂ©chir du temps qui passe, ou de ceux qui ne font que critiquer en partant du principe quâeux-mĂȘmes sont des jalons infaillibles. Il ne viendra pas non plus de ceux qui empruntent la voie de la facilitĂ©, qui cherchent Ă Ă©chapper Ă la passion de la foi, considĂ©rant comme faux ou obsolĂšte, tyrannique ou lĂ©galiste, tout ce qui est un peu exigeant, qui blesse, ou qui demande des sacrifices. Formulons cela de maniĂšre plus positive : le futur de lâĂglise, encore une fois, sera comme toujours remodelĂ© par des saints, câest-Ă -dire par des hommes dont les esprits cherchent Ă aller au-delĂ des simples slogans Ă la mode, qui ont une vision plus large que les autres, du fait de leur vie qui englobe une rĂ©alitĂ© plus large. Il nây a quâune seule maniĂšre dâatteindre le vĂ©ritable altruisme, celui qui rend lâhomme libre : par la patience acquise en faisant tous les jours des petits gestes dĂ©sintĂ©ressĂ©s. Par cette attitude quotidienne dâabnĂ©gation, qui suffit Ă rĂ©vĂ©ler Ă un homme Ă quel point il est esclave de son Ă©go, par cette attitude uniquement, les yeux de lâhomme peuvent sâouvrir lentement. Lâhomme voit uniquement dans la mesure oĂč il a vĂ©cu et souffert. Si de nos jours nous sommes Ă peine encore capables de prendre conscience de la prĂ©sence de Dieu, câest parce quâil nous est tellement plus facile de nous Ă©vader de nous-mĂȘmes, dâĂ©chapper Ă la profondeur de notre ĂȘtre par le biais des narcotiques, du plaisir etc. Ainsi, nos propres profondeurs intĂ©rieures nous restent fermĂ©es. Sâil est vrai quâun homme ne voit bien quâavec le cĆur, alors Ă quel point sommes-nous aveugles ?
Allons encore un peu plus loin. De la crise actuelle Ă©mergera lâĂglise de demain â une Ăglise qui aura beaucoup perdu. Elle sera de taille rĂ©duite et devra quasiment repartir de zĂ©ro. Elle ne sera plus Ă mĂȘme de remplir tous les Ă©difices construits pendant sa pĂ©riode prospĂšre. Le nombre de fidĂšles se rĂ©duisant, elle perdra nombre de ses privilĂšges. Contrairement Ă une pĂ©riode antĂ©rieure, lâĂglise sera vĂ©ritablement perçue comme une sociĂ©tĂ© de personnes volontaires, que lâon intĂšgre librement et par choix. En tant que petite sociĂ©tĂ©, elle sera amenĂ©e Ă faire beaucoup plus souvent appel Ă lâinitiative de ses membres.
LâĂglise sera une Ăglise plus spirituelle, ne gageant pas sur des mandats politiques, ne courtisant ni la droite ni la gauche. Cela sera difficile pour elle, car cette pĂ©riode dâajustement et de clarification va lui coĂ»ter beaucoup dâĂ©nergie. Cela va la rendre pauvre et fera dâelle lâĂglise des doux. Le processus sera dâautant plus ardu quâil faudra se dĂ©barrasser dâune Ă©troitesse dâesprit sectaire et dâune affirmation de soi trop pompeuse. On peut raisonnablement penser que tout cela va prendre du temps. Le processus va ĂȘtre long et fastidieux, comme lâa Ă©tĂ© la voie menant du faux progressisme Ă lâaube de la RĂ©volution française â quand un Ă©vĂȘque pouvait ĂȘtre bien vu quand il se moquait des dogmes et mĂȘme quand il insinuait que lâexistence de Dieu nâĂ©tait absolument pas certaine â au renouveau du XIXe siĂšcle. Mais quand les Ă©preuves de cette pĂ©riode dâassainissement auront Ă©tĂ© surmontĂ©es, cette Ăglise simplifiĂ©e et plus riche spirituellement en ressortira grandie et affermie. Les hommes, Ă©voluant dans un monde complĂštement planifiĂ©, vont se retrouver extrĂȘmement seuls. Sâils perdent totalement de vue Dieu, ils vont rĂ©ellement ressentir lâhorreur de leur pauvretĂ©. Alors, ils verront le petit troupeau des croyants avec un regard nouveau. Ils le verront comme un espoir de quelque chose qui leur est aussi destinĂ©, une rĂ©ponse quâils avaient toujours secrĂštement cherchĂ©e.
Pour moi, il est certain que lâĂglise va devoir affronter des pĂ©riodes trĂšs difficiles. La vĂ©ritable crise vient Ă peine de commencer. Il faudra sâattendre Ă de grands bouleversements. Mais je suis tout aussi certain de ce quâil va rester Ă la fin : une Ăglise, non du culte politique car celle-ci est dĂ©jĂ morte, mais une Ăglise de la foi. Il est fort possible quâelle nâait plus le pouvoir dominant quâelle avait jusquâĂ maintenant, mais elle va vivre un renouveau et redevenir la maison des hommes, oĂč ils trouveront la vie et lâespoir en la vie Ă©ternelle. »
Joseph Ratzinger, 1969
Câest de la vision quâa eue IsaĂŻe (Cf la premiĂšre lecture de ce dimanche), que le chant du « Sanctus » est tirĂ©. LâEglise le met sur nos lĂšvres avant la consĂ©cration eucharistique. Chaque fois que nous le chantons, nous sommes comme « aspirĂ©s  » au Ciel. Nous nous unissons Ă la liturgie cĂ©leste, celle que tiennent les sĂ©raphins devant la face du Seigneur : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur Dieu de lâunivers ! Le ciel et la terre sont remplis de sa gloire ! »
Toutefois, la saintetĂ© a dans la bible un sens tout particulier. « Dire que Dieu est saint, câest dire quâil est Tout Autre que lâhomme. Dieu nâest pas Ă lâimage de lâhomme, bien au contraire, la Bible affirme lâinverse : câest lâhomme qui est « Ă lâimage de Dieu » ; ce nâest pas la mĂȘme chose ! Toute la terre est remplie de sa gloire : cela veut dire que nous devrions rester trĂšs modestes et trĂšs prudents chaque fois que nous parlons de Dieu. Parce que Dieu est le Tout Autre, il nous est radicalement, irrĂ©mĂ©diablement impossible de lâimaginer tel quâil est, nos mots humains ne peuvent jamais rendre compte de lui »
« Si Dieu nâest pas une idole Ă notre image, il faut quâil soit tellement Ă©levĂ© au-dessus de toute crĂ©ature que toutes les idĂ©es empruntĂ©es au monde de notre expĂ©rience demeurent toujours Ă lâinfini de son ĂȘtre », nous dit Zundel.
Ce constat de la transcendance de Dieu que nous sommes appelĂ©s Ă faire avec les SĂ©raphins pourrait avoir quelque chose de dĂ©sespĂ©rant. Un Dieu si grand, qui pourrait lâatteindre ? Comme le dit Isaie, Je dis alors : « Malheur Ă moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lĂšvres impures, jâhabite au milieu dâun peuple aux lĂšvres impures et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de lâunivers ! »
Est-il possible ou souhaitable que je cherche Ă mâapprocher de ce Dieu devant qui nul ne peut se tenir sans mourir ?
Heureusement, le chant du Sanctus ne sâarrĂȘte pas au cri des SĂ©raphins, il continue  : « BĂ©ni soit celui qui vient au nom du Seigneur, Hosanna au plus haut des cieux ! »
Or cette exclamation nâest plus celle des anges de la vision dâIsaie. Elle se trouve dans un tout autre passage de la bible. Câest ainsi que les habitants de JĂ©rusalem accueillent JĂ©sus qui entre dans la ville sainte montĂ© sur le petit dâune anesse. LâEvangile nous raconte : « Ils disposĂšrent sur lâanon leurs manteaux et JĂ©sus sâassit dessus. Alors les gens, en trĂšs nombreuse foule, Ă©tendirent leurs manteaux sur le chemin ; dâautres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient le chemin. Les foules qui marchaient devant lui et celles qui suivaient, criaient : Hosanna au fils de David ! BĂ©ni soit celui qui vient au nom du Seigneur » Mt 21, 6-9.
Dans son génie, la liturgie juxtapose ces deux acclamations :
Dâun cotĂ©, lâacclamation des anges qui sâinclinent devant le « trois fois saint » que nul ne peut nommer et de lâautre le Verbe divin qui sâoffre Ă nous dans la fragilitĂ© de son humanitĂ©, entrant Ă JĂ©rusalem, montĂ© sur un Ăąnon !
Les deux conceptions que lâon peut avoir de Dieu se retrouvent unies dans un mĂȘme chant ! « Dieu si grand, JĂ©sus si petit » disait le Cardinal Berulle.
« Le christianisme, tel quâil est en son essence et tel quâil vit dans la liturgie, a su concilier ces deux aspects du divin : lâĂȘtre et lâamour et unir dans sa piĂ©tĂ© le sens de la transcendance ineffable de Dieu avec le sens de la plus tendre dilection.(âŠ) Dieu reste lâocĂ©an infini de lâĂȘtre. Mais il est tout autant lâocĂ©an infini de lâamour  » disait Zundel
MĂȘme si Dieu est le « tout autre », Il sâest fait « lâEmmanuel » câest-Ă -dire : le Dieu avec nous, le Dieu tout proche de nous ! Câest Lui qui dans son immense bontĂ©, sâest abaissĂ© pour que nous ne soyons jamais effrayĂ©s par la splendeur de Sa Gloire.
Sachons Ă chaque eucharistie, lorsque nous chantons le Sanctus, nous laisser saisir par ce mystĂšre. Il sâagit bien de la mĂȘme personne divine : simultanĂ©ment, adorĂ©e par les anges et toutes les puissances cĂ©lestes et venant Ă nous, cachĂ©e sous lâapparence du pain.
Don Louis Marie DUPORT
La prĂ©dication de JĂ©sus Ă Nazareth, que nous suivons sur deux dimanches, constitue un vĂ©ritable programme dans l’Ă©vangile selon saint Luc. Nous l’avons lu dimanche dernier, JĂ©sus se prĂ©sente comme le Messie promis, car en disant : « le Seigneur mâa marquĂ© par lâonction », il se dit oint, ce qui se dit messie en hĂ©breu, ou christ, en grec. Le Seigneur m’a consacrĂ© par l’onction, c’est-Ă -dire « m’a oint », c’est-Ă -dire m’a fait messie ou christ. JĂ©sus signale Ă ses auditeurs que la promesse du messie qui devait venir, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit, en sa personne. Autrement dit : âje suis le Messie, je suis le Christ attenduâ.
Et ce nâest pas cette affirmation qui a particuliĂšrement choquĂ© ses auditeurs, qui connaissaient bien JĂ©sus, concitoyen de Nazareth, et qui sont mĂȘme dans l’admiration devant celui qui leur semble bien parti pour devenir un grand homme. Toute municipalitĂ© est fiĂšre de savoir quâun grand homme est issu de ses entrailles.
Et sans doute que dĂ©jĂ , certains y voient leur intĂ©rĂȘt, et disent : âtous ces miracles et ce succĂšs que tu as dĂ©jĂ eu Ă CapharnaĂŒm, rĂ©alise-le Ă©galement dans ta propre ville ! Tu es des nĂŽtres ; en quelque sorte, tu nous appartiens, et ta ville a droit Ă des Ă©gards particuliers, si vraiment tu es ce grand homme et ce Messie que tu nous annonces !â
âD’accord, dirait JĂ©sus, mais alors je vais dire comme je dis Ă tous : dâabord, « convertissez-vous et croyez Ă la Bonne Nouvelle » (Mc 1,15), pour avoir part comme les gens de CapharnaĂŒm aux biens messianiques⊠Il nây a pas de raison que je vous fasse un passe-droit de connivence. Si vous voulez avoir les biens messianiques pour des motifs humains, sans conversion, au nom dâune espĂšce de âprivilĂšge municipalâ, parce que vous pensez que je ne suis que le fils de Joseph et non, comme l’indique la figure du Messie d’aprĂšs les Ecritures, le Fils de Dieu (cf Ps 2, Ps 109/110, Mi 5,1-4, Dn 7,13-14; Sg 7,25-26âŠ; cf Mt 26,63), alors le courant ne passera pas entre nous  ! Je suis le Messie promis, et il me faut votre foi au Messie des Ecritures. «  Croyez Ă la Bonne Nouvelle ! » Et d’ailleurs, comme Messie, je ne suis pas seulement de Nazareth ! Je suis destinĂ© au monde entier ! Je ne suis pas ici pour ĂȘtre ârĂ©cupĂ©rĂ©â par la famille ou la municipalitĂ©.â
Sâils ne se convertissent pas, sâils ne croient pas quâil est le Messie pour tous et non pas seulement le fils du charpentier pour lâhonneur du village, il sera obligĂ© de faire comme Ălie et ĂlisĂ©e : ils sont allĂ©s donner des grĂąces aux paĂŻens, en laissant le ciel âfermĂ©â pour IsraĂ«l, car IsraĂ«l sera fermĂ© Ă la foi en son Messie, et fermĂ© Ă mort. Câest aussi lâouverture aux paĂŻens qui sera racontĂ©e dans les Actes des ApĂŽtres, qui est prĂ©figurĂ©e ici (exemple : Ac 13,44-52). Il faut la conversion et la foi, câest pour tout le monde pareil, sans passe-droit : « Ainsi donc, aux paĂŻens aussi Dieu a donnĂ© la conversion qui conduit Ă la Vie ! » (Ac 11,18).
Jamais JĂ©sus ne peut ĂȘtre limitĂ© Ă notre groupe humain, Ă telle Ă©tiquette humaine. Cela peut rendre impermĂ©able Ă la grĂące divine : la pluie, la rosĂ©e de la grĂące ne tombe pas sur cette terre, elle va arroser ailleurs. Catholique veut dire universel. Ne jamais sâapproprier le Messie, celui qui est dĂ©jĂ venu dans la chair, parce quâil serait du mĂȘme groupe humain que nous. Câest aussi le Fils de Dieu, Celui qui doit revenir dans la gloire. Le ciel et la terre passeront, mais ses paroles, celles de lâEvangile, ne passeront pas (Mt 24,35). Ne lâenfermons pas dans des postures ou impostures religieuses humaines : « seulement dans la conversion et la foi sera votre salut » (cf Is 30,15).
Don Laurent LARROQUE
Avec le Motu Proprio « Aperuit illis » câest-Ă -dire « il ouvrit leur intelligence Ă la comprĂ©hension des Ăcritures » (Lc 24, 45), le Pape François nous a donnĂ© un nouveau rendez-vous liturgique. Chaque annĂ©e, le 3Ăšme dimanche du Temps Ordinaire est instituĂ© le dimanche de la Parole. Un peu comme a Ă©tĂ© instituĂ© un dimanche pour la fĂȘte du Saint Sacrement ou FĂȘte Dieu, ce dimanche de la Parole est lĂ pour nous aider Ă apprĂ©cier ce don de Dieu. Bien sĂ»r, câest tous les dimanches et Ă chacune de nos priĂšres que nous nous mettons Ă lâĂ©coute de la Parole de Dieu, mais cette institution veut nous aider Ă ĂȘtre plus attentifs Ă la Parole de Dieu, Ă la place des saintes Ă©critures dans notre vie.
La Bible est le livre le plus vendu dans le monde. Ce succĂšs demeure depuis lâinvention de lâimprimerie ! Mais, pour nous chrĂ©tiens, la Bible nâest pas seulement un livre, câest la Parole de Dieu. Elle nous sert Ă connaĂźtre Dieu, connaĂźtre son projet dâamour pour lâhumanitĂ© et nous ajuster Ă sa volontĂ© pour nous.
Dans la CommunautĂ© Saint Martin nous avons un trĂ©sor, hĂ©ritĂ© dâune tradition bĂ©nĂ©dictine, qui est la lecture priĂ©e de lâĂcriture Sainte ou lectio divina. Ce nâest pas rĂ©servĂ© aux moines ! Quâest-ce que câest ? Câest un temps consĂ©quent que nous prenons pour lire, Ă©couter, ruminer, contempler et mettre en pratique les lectures que lâEglise nous offre pour la liturgie. Câest un peu comme si vous aviez reçu une lettre de quelqu’un qui vous est trĂšs cher : vous la lisez, la relisez, savourez chaque mot, chaque dĂ©tail au point de la connaĂźtre presque par cĆur ! Avec un peu de pratique, avec lâaide de lâEsprit-Saint, nous sentons, petit Ă petit, que cette parole prend un relief particulier, quâelle devient vivante et efficace, « plus pĂ©nĂ©trante quâun glaive Ă deux tranchants » (He 4,12). Certes nous utilisons notre raison pour comprendre cette parole, mais ce nâest pas seulement un exercice de lâintelligence, câest dâabord une priĂšre. Son but est de nous mettre en contact avec Dieu, nous le faire connaitre, nous faire Ă©prouver son amour particulier pour chacun de nous. Comme pour les pĂšlerins dâEmmaĂŒs Ă qui le Christ ouvrit lâintelligence Ă la comprĂ©hension des Ă©critures, nous en sortons avec le cĆur brĂ»lant.
« Jâaimerais beaucoup, a insistĂ© le pape François, que tous les chrĂ©tiens puissent apprendre âla science sublime de JĂ©sus-Christâ Ă travers la lecture assidue de la Parole de Dieu, puisque le texte sacrĂ© est la nourriture de lâĂąme et la source pure et pĂ©renne de la vie spirituelle pour chacun de nous. » (Discours du 29 septembre 2014).
Dans notre priĂšre nous prenons souvent du temps pour parler Ă Dieu⊠mais est-ce que nous prenons autant de temps pour lâĂ©couter ? Dans une relation ce nâest pas toujours le mĂȘme qui parle, nâest-ce pas chacun son tour ? La lectio divina et la lecture des Ă©critures, sont le moyen humble, concret, efficace pour laisser Ă Dieu lâoccasion de nous parler. Alors il mettra dans notre cĆur et notre bouche des mots nouveaux pour lui parler, pour ĂȘtre enflammĂ© dâamour pour lui.
Alors peu Ă peu, nous serons façonnĂ©s, refaçonnĂ©s par cette parole et nous pourrons peut-ĂȘtre mĂȘme devenir une bonne nouvelle ambulante pour les autres !
Don Marc-Antoine CROIZEPOURCELET
AprĂšs lâadoration des mages il y a quinze jours, le baptĂȘme de JĂ©sus dimanche dernier, nous cĂ©lĂ©brons aujourdâhui les noces de Cana. Traditionnellement, ces trois Ă©vĂ©nements Ă©taient commĂ©morĂ©s ensemble en tant quâĂ©piphanies, manifestations du divin.
Cela est trĂšs clair pour les deux premiers : lâadoration des mages est la manifestation du Dieu fait homme aux nations paĂŻennes, le baptĂȘme de JĂ©sus est Ă la fois la manifestation de la TrinitĂ© et lâattestation de lâidentitĂ© divine de JĂ©sus, mais il est beaucoup moins visible que les noces de Cana soient une Ă©piphanie : aprĂšs tout, le miracle de JĂ©sus est ignorĂ© de la quasi-totalitĂ© des convives et sa signification nâa rien dâĂ©vident. Pourtant lâĂ©vangile nous dit bien quâĂ cette occasion JĂ©sus « manifesta sa gloire et [que] ses disciples crurent en Lui. »
Il faut donc creuser pour comprendre la signification de ce miracle et en quoi celui-ci rĂ©vĂšle la mission de JĂ©sus. La conversion de lâeau en vin montre tout dâabord la puissance de JĂ©sus, Ă qui les Ă©lĂ©ments sont soumis : personne dâautre que Lui ne peut prĂ©tendre dominer ainsi la nature. Cependant ce pouvoir, dĂ» Ă son identitĂ© divine, se montre Ă©galement dans tous ses miracles, par dĂ©finition ; nous pouvons donc nous demander pourquoi JĂ©sus a manifestĂ© pour la premiĂšre fois sa gloire par ce miracle-ci et non par un autre comme une guĂ©rison, une pĂȘche miraculeuse ou mĂȘme une rĂ©surrection. Le plan de la Providence ne laisse rien au hasard et il est dĂ©libĂ©rĂ© que JĂ©sus ait rĂ©alisĂ© son premier miracle Ă un mariage oĂč le vin manqua.
Les convives du mariage faisaient la fĂȘte et avaient donc besoin « du vin qui rĂ©jouit le cĆur de lâhomme » (Ps 103), sans quoi leur cĂ©lĂ©bration risquait dâĂȘtre bien terne. Lâeau est sans saveur, le vin, lui, contient de multiples arĂŽmes, il rĂ©jouit, fait sortir de soi. Les anciens allaient jusquâĂ le considĂ©rer comme un moyen de sâĂ©lever jusquâĂ la sphĂšre du divin. Bien entendu, la rĂ©alitĂ© de lâalcoolisme et des ravages de lâalcool tempĂšre cette conception, mais il faut comprendre que nous nous intĂ©ressons ici Ă ce que reprĂ©sente le vin sur le plan symbolique. Sans JĂ©sus, depuis le pĂ©chĂ© de nos premiers parents, lâhomme est condamnĂ© Ă une existence peineuse, il ne peut plus accĂ©der Ă la joie simple qui naĂźt de lâamitiĂ© avec Dieu, et toutes ses souffrances sont inutiles. La jeune sainte Sandra Sabattini nous dit que « La vie vĂ©cue sans Dieu est un passe-temps, ennuyeux ou amusant, avec lequel jouer en attendant la mort. » Loin de Dieu, il est possible de vivre beaucoup de belles choses, mais pas dâatteindre le bonheur plĂ©nier pour lequel nous sommes faits.
JĂ©sus est venu apporter le sel qui donne du goĂ»t Ă lâexistence, qui fait de cette vie lâoccasion dâapprendre Ă vivre avec Dieu et qui permet que mĂȘme la souffrance prenne un sens, quand elle est acceptĂ©e par amour de Lui. JĂ©sus est venu nous apporter le vin vĂ©ritable qui permet Ă ce mariage qui sâannonçait mal dâĂȘtre conclu : Ă savoir celui de Dieu et de lâhumanitĂ©, malmenĂ© par lâinfidĂ©litĂ© de lâĂ©pouse. Par son sang versĂ© par amour est scellĂ©e une nouvelle alliance, dĂ©finitive, entre la multitude des hommes et leur CrĂ©ateur (Cf. Lc 22,20).
A Cana, câest donc bien la mission de JĂ©sus qui a Ă©tĂ© manifestĂ©e : celle de rendre Ă nos existences la joie que Dieu nous destinait et de permettre que le projet de mariage entre le CrĂ©ateur et lâhumanitĂ© aboutisse enfin, par le don de la grĂące qui seule rend digne de Lui lâĂ©pouse infidĂšle que nous Ă©tions. Pour entrer dans cette alliance, imitons donc ses disciples et prĂ©sentons Lui lâhommage de notre foi.
Don Axel de Perthuis
Nous fĂȘtons le baptĂȘme de JĂ©sus dans les eaux du Jourdain. Jusquâau IVĂšme siĂšcle, une seule et mĂȘme fĂȘte Ă©tait cĂ©lĂ©brĂ©e pour la NativitĂ© et le BaptĂȘme du Seigneur. Il sâagissait de la ThĂ©ophanie. « Dans Sa NativitĂ©, le Fils de Dieu vint au monde de façon cachĂ©e, dans Son BaptĂȘme, il apparaĂźt de façon manifeste » (saint JĂ©rĂŽme). Or, si vous avez sous les yeux une icĂŽne du baptĂȘme de JĂ©sus, de nombreux dĂ©tails donnent le sens profond de cette fĂȘte : il est venu vaincre la mort et nous donner Sa vie. La nouvelle naissance quâoffre le baptĂȘme de Jean est un signe de la mort et de la RĂ©surrection de JĂ©sus. Le mystĂšre pascal est annoncĂ©. Sur les reprĂ©sentations nous trouverons habituellement JĂ©sus, entiĂšrement nu, les pieds dans le Jourdain. Le fleuve est reprĂ©sentĂ© comme un tombeau, liquide, et on peut mĂȘme y trouver des petits personnages de lâAncien Testament au fond. Ils attendent la dĂ©livrance. Les plus chanceux reconnaĂźtront un petit Jonas attachĂ© Ă sa baleine.
La victoire.
JĂ©sus est notre Sauveur et notre RĂ©dempteur, mais il est aussi le grand Vainqueur. En effet, il aurait pu sauver chacun dâentre nous en venant simplement dans le monde. Nous aurions Ă©tĂ© sauvĂ©s par cette volontĂ© divine exaucĂ©e, par une obĂ©issance filiale. Mais il a voulu Ă©galement terrasser les puissances du mal. Il est en cela le grand vainqueur : il a vaincu le mal, non pas du haut de sa Gloire, mais en partageant humblement notre existence. Mais qui dit Victoire, dit Bataille. Et ce combat glorieux, JĂ©sus lâa menĂ© dans les eaux de la mort. Les ennemis du Christ, aveuglĂ©s par leur propre mĂ©chancetĂ©, nâont pas vu que sa naissance, sa vie et sa mort ainsi que sa rĂ©surrection Ă©taient le plan pour les vaincre. Et pour nous, nous donner la guĂ©rison et la vie.
Vivre de la Victoire de Jésus
Les eaux du baptĂȘme sont donc le théùtre dâopĂ©ration de la grande Victoire Ă venir. Les trois ennemis du Christ sont la mort, les pĂ©chĂ©s et le Diable. A cela, comment pouvons nous vivre aujourdâhui en vainqueur ? LâĂ©vangile de ce dimanche nous montre un chemin.
Face Ă la mort, nous devons vivre de la grĂące de notre recrĂ©ation reçue le jour de notre BaptĂȘme. La mort est cette sĂ©paration avec Dieu. La grĂące du baptĂȘme que nous avons reçue doit susciter en nous lâadhĂ©sion Ă la vie que le PĂšre veut pour chacun dâentre nous. Ses paroles sont esprit et elles sont Vie. Ăcoutons lâamour premier de Dieu le PĂšre nous redire : « Toi, tu es mon Fils bien-aimĂ© ; en toi, je trouve ma joie. » Face au pĂ©chĂ©, nous contemplons lâhumilitĂ© du Fils. Cette humilitĂ© se manifeste par sa dĂ©marche du baptĂȘme dont il nâavait pas besoin Ă titre personnel. HumilitĂ© aussi dans sa priĂšre qui suit immĂ©diatement le baptĂȘme. La Vie du PĂšre se dĂ©ploie dans notre vie sacramentelle reçue humblement et non comme un dĂ», mais aussi dans la fidĂ©litĂ© de notre priĂšre qui nous rend disponible Ă la GrĂące. LâhumilitĂ© et la priĂšre nous disposent Ă laisser agir JĂ©sus en nous, il est en effet le seul Vainqueur du pĂ©chĂ©.
Face au diable, Ă lâesprit diviseur et menteur, nous sommes aussi appelĂ©s Ă suivre JĂ©sus. Lui mĂȘme guidĂ© par lâEsprit Saint au dĂ©sert rĂ©sistera Ă ses sĂ©ductions. Car voici la rĂ©elle emprise quâa le dĂ©mon sur nous : quand nous faisons le mal dĂ©libĂ©rĂ©ment, nous nous mettons sous son joug. Saint Pierre alors nous exhorte  : « soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rĂŽde, cherchant qui dĂ©vorer. » Le prince de la mort a cru remporter le combat en voyant la mort de JĂ©sus sur la Croix. Mais JĂ©sus est ressuscitĂ©. Vivant, le vĂ©ritable Lion (Ap 5,5) a vaincu. Câest en contemplant lâInnocence de JĂ©sus que le lĂącher-prise face au pĂ©chĂ© se fait. Nous baissons les armes et lâAgneau immolĂ© nous fait rentrer indemne dans la joie de lâamour, de la Vie.
Que nos vies soient baignĂ©es dans les eaux de Vie de la GrĂące ce dimanche et vivons en vainqueur en suivant lâAgneau ImmolĂ©. Amen !
Don Christophe GRANVILLE