Lazare était au tombeau depuis déjà quatre jours. Tous les délais étaient largement dépassés pour que personne ne puisse dire : “En fait il n’était pas réellement mort…” Il était bien mort et enterré, et la putréfaction du cadavre rend tout à fait incommode et déplacé l’ordre de Jésus : « Enlevez la pierre !… – Mais, Seigneur, il sent déjà… » Et Jésus : “N’avais-je pas dit que cette maladie n’était pas pour la mort, mais pour la gloire de Dieu et de son Fils ?” Si, tu avais dit cela, Jésus… Mais justement, Lazare est mort quand même… Ô Jésus, “que ta parole est pour moi difficile” (Ps 138/139,17) : Lazare est mort et enterré, pourquoi dire que cette maladie ne le conduirait pas à la mort ? À ma courte vue (et sans doute parce que ce n’est pas exactement cela que tu avais dit, mais j’ai compris à ma façon), il semblerait que ta Parole est prise en défaut… C’était pourtant celui que tu aimais, et tu aimais aussi Marthe et Marie qui ont envoyé un messager pour te supplier de venir… Et tu n’es pas venu… Il semblerait que tu as fait exprès de rester loin plus longtemps… Notre incompréhension est à son comble, notre peine est immense, non seulement parce qu’il nous a semblé que tu t’es désintéressé de nous, mais aussi parce que tous tes ennemis (venus peut-être davantage constater la mort de Lazare que manifester leurs condoléances) se réjouissent de cette absence, au goût d’échec et d’impuissance…
Mais tu as un plan. Il correspond au plan du Père qui t’exauce toujours. Il ne correspond pas au plan des hommes, à la vue courte et au cœur submergé et aveuglé par le chagrin familial, et aussi, pour ceux qui t’aiment, bouleversés par la souffrance de te voir vaincu… Et la douleur nous égare…
Mais toi, Jésus, tu n’es jamais vaincu. Même quand ta Parole semble prise en défaut, même lorsqu’il semble que tu t’éloignes et t’absentes au moment du deuil insupportable et de la peine inconsolable, même alors rien ne t’échappe, le hasard n’existe pas, ta toute-Puissance est toujours à l’œuvre, tout correspond à ton plan, au cheveu près (Mt 10,30) ; il fallait faire ce miracle devant une grande partie des ennemis réunis, devant une grande partie des hésitants, devant tes propres apôtres et disciples si douloureusement mis à l’épreuve, afin de les affermir le plus possible devant le mystère incompréhensible qui est finalement celui de la Croix, mystère d’un Messie souffrant qui suit son plan, pour la gloire de Dieu et pour le salut du monde, mystère de faiblesse qui est puissance de Dieu, mystère de folie (“l’amour de Dieu est folie”, comme on le chante), alors qu’il est sagesse de Dieu, mystère de pauvreté qui est la vraie richesse du Royaume des cieux.
« Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. » (1Co 1,25). Mystère quand même. Mais « si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » La Foi traverse le mystère, elle est déjà Résurrection, elle est déjà Vie éternelle. « La Vie éternelle, c’est de te connaître, toi le seul Véritable Dieu, le Père, et Celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » Tout cela était « afin qu’ils croient que tu m’as envoyé ».
Actualité de l’Evangile ! Ô mon âme, ta maladie te mène t-elle à la mort ?
Ô Eglise, tes maladies te mènent-elles à la mort ? Ô humanité, ton état de fin de civilisation te mène-t-elle à la mort ? Non, « cet état des choses est pour la gloire de Dieu, pour la gloire du Fils de Dieu ! » Mystère, surtout s’il faut quand même passer par la mort et attendre de Dieu la Résurrection.
“Ô Croix, Sagesse suprême !”
Qui me donnera de faire confiance, au-delà du désespoir, en une parole de Dieu qui semble se démentir elle-même ? Ô vous, Marthe et Marie, et Lazare votre frère, vous qui êtes passés par ce désespoir, donnez-moi de faire confiance au plan de Jésus dans ma vie, dans la vie de l’Eglise, dans la vie de l’humanité, malgré l’état des lieux.
“J’ai mon plan !” « Je suis la Résurrection et la Vie ! Crois-tu cela ? »
Don Laurent LARROQUE
Ce dimanche, l’Eglise nous donne d’entendre la guérison de l’aveugle né (Jn 9). Jésus se situe au Temple de Jérusalem au moment de la fête des Tentes (Jn 7,2). Cette fête rappelle l’exode au désert et plus fondamentalement la condition de viator de peuple de Dieu. La tension est grande, Jésus vient d’esquiver une lapidation à cause de la phrase « Amen, amen, je vous le dis : avant qu’Abraham fût, moi, JE SUIS. »
Dans ce contexte, Jésus et ses disciples croisent l’aveugle mendiant. Cela suscite une excellente question : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? ». Derrière cette question il y a une croyance : si tu souffres c’est que Dieu t’a puni. La prospérité était comprise comme la récompense de Dieu pour une vie droite, le malheur comme la conséquence du mal commis. Bien sûr que notre bonheur et notre malheur ne sont pas indépendants de notre vie morale. Mais l’expérience commune de l’humanité regorge d’une part de personnes qui ne cessent de faire le bien et qui pourtant accumulent les misères, d’autre part de bourreaux à qui tout semble sourire.
La Bible aussi a ses contre-exemples comme Job le juste qui sombre dans la misère la plus profonde sans jamais maudire Dieu : « le Seigneur a donné, le Seigneur a repris, que le nom du Seigneur soit béni » (Job 1,21). Bref, Jésus brise ici cette fausse croyance : l’infirmité ou la blessure n’est pas une punition divine.
Le mal moral entraîne une blessure, sur moi ou sur quelqu’un d’autre. Faire le mal a toujours une conséquence négative. Mais dans l’autre sens je ne suis pas forcément la cause d’une blessure que je subis. Heureusement aussi : le bien accompli a lui aussi toujours une conséquence positive, sur moi et sur l’humanité tout entière.
S’il y a bien un lien entre le mal moral et le mal subi (ou la blessure), il n’est pas nécessairement immédiat.
Enfin, il est bon de regarder l’itinéraire de foi de cet aveugle guéri. Au début de cette page d’évangile il parle de Jésus en disant « l’homme qu’on appelle Jésus » (v11), puis « C’est un prophète » (v17), puis il est « de Dieu » (v33) enfin il l’appelle « Seigneur » (v38) et se prosterne devant lui. Que le Seigneur dessille toujours notre regard pour mendier sa lumière. Nous ne nous lasserons jamais de le contempler et de mieux le connaitre.
Don Marc Antoine CROIZE POURCELET
L’Église de France ne cesse de se réjouir de l’afflux de nombreux catéchumènes : cette année encore, la France entière aura, à Pâques la joie, dans de très nombreuses paroisses, d’entourer des jeunes et des adultes au moment où ils recevront la vie divine dans la grâce incommensurable du baptême. A Saint-Raphaël également, nous entourerons nos 15 catéchumènes.
Ils sont catéchumènes depuis plusieurs mois, voire plusieurs années depuis leur entrée en catéchuménat : après avoir été instruits brièvement sur les rudiments de la foi chrétienne et de leurs conséquences morales, l’Église les a accueillis en leur posant la question : « Que demandez-vous à l’Eglise de Dieu ? » – « La foi » ont-ils répondu après avoir frappé à la porte de l’église. Ils ont alors reçu sur leurs diffférents sens des signes de croix.
Depuis ce temps, ils se sont préparés en découvrant la vie chrétienne au dernier carême dans lequel ils sont entrés avec toute l’Église le mercredi des Cendres.
Lors du 1er dimanche de Carême, ils étaient à la Castille autour de notre évêque pour l’appel décisif, ce qu’on appelait dans l’Antiquité, le rite de l’inscription du nom. Désormais nous les appelons les « electi », les appelés. Ils ont alors été appelés à intensifier leur préparation : nous les entourons tous de notre prière et de notre affection fraternelle pendant ce Carême décisif pour eux.
A partir d’aujourd’hui et durant les trois dimanches qui viennent, ils recevront les « scrutins », des prières d’exorcisme où nous demandons à Dieu de les aider dans leur ultime combat spirituel. Ils sont « scrutés » par Dieu, c’est-à-dire regardés en profondeur, jusqu’au plus profond de leur cœur. Nous demandons que le diable soit repoussé loin d’eux au moment où ils s’apprêtent à recevoir en héritage le trésor de la vie éternelle. Les scrutins sont accompagnés des trois évangiles qui nous aident à méditer ce qu’est le baptême : la Samaritaine aujourd’hui, l’aveugle né le 4ème et la résurrection de Lazare le 5ème dimanche de Carême.
Ils seront après chaque scrutin « renvoyés » de l’église conformément à l’usage antique pour signifier qu’ils n’ont pas encore été « initiés » au sacrement de l’Eucharistie auquel ils prendront part d’une manière nouvelle lors de la vigile pascale.
Lors du dernier scrutin, les baptisés réciteront devant eux le Symbole des Apôtres qu’ils seront invités à apprendre et qu’ils « restitueront » le matin du Samedi saint. C’est aussi le cas de la prière du Notre Père.
Le Samedi saint auront lieu les ultimes rites préparatoires au baptême : un dernier exorcisme, l’onction d’huile des catéchumènes signifiant la force dans le combat spirituel et l’Ephata reprenant le geste guérisseur de Jésus en Mc 7, 32-35.
En ce temps de grâce qu’est le Carême prions et jeûnons pour nos chers catéchumènes qui vont être enfantés à la grâce !
Don Raphaël SIMONNEAUX
Nous connaissons la symbolique importante des 40 jours du Carême. Il suffit de l’entendre ou de le lire pour que rejaillissent dans notre cœur les 40 ans d’errance du peuple hébreux dans le désert, les 40 jours et 40 nuits de Jésus lui-même au désert, modèle par excellence de notre combat spirituel de Carême.
Pourtant les plus matheux d’entre nous auront remarqué qu’entre le mercredi des Cendres et le dimanche de Pâques, il y a bien plus que 40 jours, il y en a 46 ! Nous aurait-on menti ? Non ! C’est tout à fait normal.
Notons-le une fois pour toutes ! Le dimanche, ce n’est pas Carême ! Ouf ! Le compte est bon, ça fait bien 40 !
Pour autant, savons-nous bien vivre ces dimanches de Carême ?
Pointons d’abord un danger, celui de céder à la tentation de rattraper le dimanche tout ce dont nous nous sommes héroïquement privés la semaine ! Cette tentation peut venir d’une approche un peu trop légaliste de notre Carême se résumant dans l’alternative emprisonnante du seul permis / défendu. Cette tentation peut aussi venir aussi d’une certaine tension dans notre conversion qui cherche une soupape pour tenir la durée et révèle par là encore un manque de liberté !
Loin de cette tentation, les dimanches de Carême sont une grâce pour grandir en liberté. Chaque dimanche permet un point d’étape, un regard sur la semaine écoulée et une anticipation de la semaine à venir. Suis-je un peu plus détaché de ceci ou de cela ? Suis-je un peu plus attaché au Seigneur ? Occasion de rechoisir par amour le travail de réorientation de notre liberté vers Dieu.
Cette année A nous offre par ailleurs l’un des plus beaux cycles d’évangiles de l’année liturgique. Il vaut la peine de les méditer un peu plus que d’habitude. Ils évoquent chacun à leur manière le mystère du baptême que recevront nos catéchumènes à Pâques ! Belle occasion de raviver notre propre baptême !
Il apparait alors que ces dimanches de Carême sont parmi les plus beaux de l’année tant ils nous permettent d’apprendre avec la délicatesse de la pédagogie de l’Eglise la joie de la liberté des enfants de Dieu !
Bon Dimanche !
Don Guillaume PLANTY
Mercredi dernier, en recevant la cendre sur notre front, nous avons entendu ces paroles qui résonnent à chaque Carême : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ! ». Le prêtre a pu dire également : « N’oublie pas que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière ». Ce ne sont pas des menaces ni des injonctions culpabilisantes, mais une invitation à repartir du bon pied, à recentrer notre vie sur l’essentiel. L’Évangile ne cesse de nous le rappeler : Dieu ne se lasse pas d’espérer en l’homme. Le Carême nous donne quarante jours pour accueillir à nouveau cet appel à la conversion du cœur.
Ce temps liturgique n’est pas d’abord une période de tristesse ou de privation, mais un moment de vérité et de renouveau. Il s’agit de laisser Dieu nous rejoindre là où, souvent, nous résistons : dans nos habitudes, nos certitudes, nos distractions. Le jeûne, la prière et le partage ne sont pas des exercices moraux, mais des chemins concrets pour dégager en nous la place qui revient à Dieu et à nos frères. Le jeûne nous apprend la sobriété et la liberté intérieure ; la prière nous remet en présence du Seigneur ; le partage nous ouvre aux besoins de notre prochain.
La première lecture de ce dimanche nous rappelle pourquoi il est nécessaire pour l’homme de fournir des efforts pour revenir à lui. Car l’homme s’est éloigné de Dieu, et est maintenant soumis aux tentations du démon. L’évangile nous montre toute la compassion de Dieu qui vient lui aussi subir les mêmes tentations. Il accepte tout, dans une vie d’amour pour l’homme.
Souvent, nous redoutons le mot « effort ». Pourtant, le Carême n’est pas une performance spirituelle à réussir, mais une disponibilité à accueillir la grâce. Comme tout chemin de foi, il commence par un geste de confiance. Dieu ne nous demande pas d’être parfaits, mais d’accepter d’être rejoints, relevés, aimés. Le Carême commence quand nous consentons à être déplacés et renouvelés.
Que ce temps soit donc pour nos paroisses un souffle de fraternité et de simplicité. À travers la prière en Église, les gestes de charité et les célébrations qui jalonneront ces semaines, laissons grandir en nous la joie pascale. Car au bout du désert de quarante jours, il y a un matin de lumière : celui de la Résurrection. Avançons avec confiance vers Pâques, le cœur ouvert à l’espérance qui ne déçoit pas.
Don Bruno de LISLE
Dans cette page d’évangile de Saint Matthieu que nous connaissons très bien (peut-être « trop » bien ?), Jésus parle de trois commandements de la Loi et déclare, et cela à trois reprises : « il a été dit … et Moi je vous dis ».
Par exemple au sujet du meurtre Jésus déclare : « Moi je vous dis : qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal ». Jésus avait commencé son discours en disant « Ne croyez pas que je suis venu abolir, mais accomplir », (on pourrait dire : la même Loi, mais en plus affiné, en plus intériorisé, purifiée aussi.
Nous l’avons assez bien saisi car on nous l’a enseigné depuis notre catéchèse, depuis notre enfance aux messes du dimanche, mais il y a quelque chose dans ces Paroles de Jésus auquel nous sommes peut-être justement trop « habitués » alors que cela pourrait nous surprendre, c’est ce mot : « et Moi je vous dis ». Aussi écoutons l’étonnement amical d’un Rabbin de notre époque, ami du Cardinal Ratzinger et donc de Benoît XVI. Neusner, américain (décédé en 2016), Neusner s’en était confié à son ami Pape : « en disant ces mots », remarquait-il, « Jésus prend la place de la Torah des Hébreux ».
Encore une fois, pour nous chrétiens de longue date, cela ne peut nous surprendre car depuis nos catéchismes, nous avons appris : Jésus est le nouveau Moïse ! Ainsi, par exemple, quand Jésus proclame la Loi Nouvelle, Il monte « sur la montagne », une colline de la Galilée, qui est ainsi un lointain écho de la montagne du Sinaï….
Oui cela ne nous « surprend » pas, mais justement ! que cette confidence du Rabbin à celui qui fut (un quart de siècle) le merveilleux chef du Dicastère de la Doctrine de la Foi à Rome, que cette confidence, oui, « rafraîchisse » en quelque sorte notre regard.
Ainsi nous redécouvrirons en quelque manière comment, et combien les disciples de Jésus ont été, eux, surpris en même temps qu’ils adhéraient avec leur foi et de tout leur cœur aux Paroles sacrées du Verbe Incarné qui s’est laissé voir dans la « Galilée des Nations », au bord du Lac de Tibériade.
Ainsi, de cette façon, les deux mille ans qui nous séparent de cet instant seront abolis. Mettons en œuvre avec une ferveur renouvelée l’enseignement de Jésus le Christ Sauveur.
Don Jean Marcel VEAU
La Lettre à Diognète, vers l’an 150, reprenait les titres de gloire du chrétien, proclamés par Jésus : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde » :
« Ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L’âme est répandue dans tous les membres du corps comme les chrétiens dans les cités du monde. L’âme habite dans le corps, et pourtant elle n’appartient pas au corps, comme les chrétiens habitent dans le monde mais n’appartiennent pas au monde. L’âme invisible est retenue prisonnière dans le corps visible ; ainsi les chrétiens : on les voit vivre dans le monde, mais le culte qu’ils rendent à Dieu est invisible. La chair déteste l’âme et lui fait la guerre, sans que celle-ci lui ait fait de tort, mais parce qu’elle l’empêche de jouir des plaisirs ; de même le monde déteste les chrétiens, sans que ceux-ci lui aient fait de tort, mais parce qu’ils s’opposent à ses plaisirs.
L’âme aime cette chair qui la déteste, ainsi que ses membres, comme les chrétiens aiment ceux qui les détestent. L’âme est enfermée dans le corps, mais c’est elle qui maintient le corps ; et les chrétiens sont comme détenus dans la prison du monde, mais ce sont eux qui maintiennent le monde. L’âme immortelle campe dans une tente mortelle : ainsi les chrétiens campent-ils dans le monde corruptible, en attendant l’incorruptibilité du ciel. L’âme devient meilleure en se mortifiant par la faim et la soif ; et les chrétiens, persécutés, se multiplient de jour en jour. Le poste que Dieu leur a fixé est si beau qu’il ne leur est pas permis de le déserter. »
L’image du sel correspond à cette idée d’incorruptibilité dans un monde corruptible. Car à l’époque de Jésus, il n’y avait pas de réfrigérateur, il y avait la saumure. Les chrétiens, et en particulier les prêtres et les consacrés, doivent être du sel, pour empêcher la corruption du monde. Bien sûr ils ne doivent pas être eux-mêmes corrompus avec le monde, sinon ils ne sont plus bons à rien qu’à être piétinés. Ils doivent empêcher la corruption, pas l’accélérer.
Il faut savoir mettre du sel sur les plaies, ça pique et ça brûle, pour cautériser, afin de cicatriser et d’arrêter l’infection de la plaie. Ainsi, le chrétien doit savoir dénoncer le mal et non s’en rendre complice. Pas de convention possible entre le Christ et Bélial (2Co 6,15), entre Dieu et diable, entre le bien et le mal.
L’image de la lumière ne comporte pas l’idée de briller pour soi-même, mais d’éclairer pour les autres, non pas pour sa propre gloire, mais pour qu’en voyant les bonnes œuvres, les hommes glorifient Dieu. “Pour toi, quand tu pries, quand tu fais l’aumône, quand tu fais pénitence, ne le fais pas devant les hommes pour en tirer de la gloire pour toi : fais le devant ton Père afin que toute la gloire soit pour Lui”. Le Père te réserve sa récompense « bien tassée, secouée, débordante », pour avoir été sel de la terre, quitte à piquer fort comme le sel sur les plaies, et pour avoir été la lumière transparente du Christ, pour que les hommes voient la lumière et retrouvent les repères de la foi et de la raison dans ce monde ténébreux d’orphelins sans père ni repère, angoissé dans sa recherche effrénée des plaisirs (hédonisme) mais qui ne trouve qu’esclavage, corruption, ténèbres et culture de mort, pour ne pas dire culte de la mort, jusqu’en Assemblées… Soyons sel et lumière, frères, même si ça pique, car le monde attend plus que jamais le passage des chrétiens.
Don Laurent LARROQUE
Jésus nous propose aujourd’hui, dans l’évangile, un chemin un peu mystérieux. Ces Béatitudes -qui inaugurent le premier grand discours de Jésus dans l’évangile selon Saint Matthieu- sont, à première vue, une succession d’oxymores.
Commençons par donner le contexte. Jésus est entouré des foules et gravit les pentes du bord du Lac de Galilée. Cette montée semble se faire en silence, comme pour disposer les cœurs aux discours que Jésus va longuement proposer. La montagne est traditionnellement dans la Bible le lieu de la prière, de la rencontre avec Dieu. Là Jésus s’assoit -comme un rabbi- et enseigne. Cette petite montagne de Galilée nous rappelle peut-être aussi le mont Sinaï où Moïse reçut les tables de la Loi (Ex 31). à travers ces premiers disciples qui écoutent, c’est à tous ses disciples de tous les temps que Jésus adresse ce message.
Chaque béatitude commence par ce mot « heureux » ou « bienheureux ». Le chemin que Jésus nous désigne est donc bien pour notre bonheur. Jésus nous veut heureux tout simplement. Ce bonheur est une participation de la vie de la bienheureuse Trinité. Et pourtant Jésus ne cache pas que la suite du Christ est un « chemin de croix » (Mt 16,24) ; qu’il est « resserré et étroit le chemin qui conduit à la vie » (Mt 7,13-14). Quand nous lisons « heureux ceux qui pleurent » le paradoxe nous saute aux yeux. Comment peut-on allier les deux ? Comment concilier le bonheur et la croix, comment comprendre ces oxymores ?
Pour comprendre, il faut passer par une expérience : celle de goûter à la félicité du Ciel par la rencontre du Seigneur Jésus, sans pour autant quitter la vallée de larmes où nous gémissons et pleurons parfois. Les deux sentiments opposés peuvent se vivre ensemble. C’est par exemple la consolation que le Seigneur apporte à ceux qui ploient sous le fardeau. La légèreté retrouvée à ceux qui pleurent et confessent amèrement leurs péchés. La force lumineuse qui fait intérieurement irruption dans les injustices. La constance bienfaisante qui nous soulève de charité dans les calomnies. La victoire de la douceur quand nous choisissons la patience. Le parfum reposant de l’humilité consentie. L’infatigable joie de l’annonce de l’évangile pour que s’étende le règne du Christ malgré les déboires de chaque époque. Le lâcher prise ou l’abandon qui soulage les pénibilités de la chair pour leur donner la fécondité de la Croix…
Quand ces sentiments contradictoires sont présents en nous et en même temps, nous savons que nous sommes bien vivants, pas seulement de cette vie terrestre, mais déjà de celle du Ciel.
Concrètement, demandons la grâce que non seulement les joies mais surtout les moindres pénibilités quotidiennes nous unissent davantage à Jésus, nous poussent à nous livrer de plus en plus et de mieux en mieux au bon Dieu.
Comme le dit Saint Paul (Rm 8,38) : « J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. »
Ce bonheur et cette félicité céleste n’éclateront totalement qu’au grand jour de notre vie : celui de notre entrée dans la Gloire.
Don Marc-Antoine CROIZE-POURCELET
Voilà un mois que Jésus est né dans la crèche et du point de vue de l’année liturgique, cela représente quelques années de la vie du Sauveur. Cependant pour vivre l’année liturgique et les mystères de la vie du Christ, il nous faut un peu de souplesse spirituelle et un grand esprit de foi. Alors que Jésus est baptisé et qu’il proclame le Royaume des cieux,
le 2 février prochain nous reviendrons dans la foi à l’enfance de Jésus célébrer la présentation du Seigneur au temple.
De même aujourd’hui encore, nous continuons à percevoir la lumière de Noël et à être éclairés par ce mystère. Cette lumière se fait même insistante ! Reconnaissez-vous la première lecture et sa citation dans l’Evangile de ce jour ? Oui, c’est bien ce passage du livre d’Isaïe que nous avons entendu pendant la nuit de Noël !
« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin. »
La lumière a donc déjà resplendi, puisqu’elle désigne Jésus lui-même. La prophétie est donc déjà parfaitement accomplie semble-t-il. Comment donc recevoir cette redite ?
Plutôt que de suspecter la liturgie de radoter, recevons de cette répétition une double invitation qui nous fera vivre du mystère de Noël au quotidien.
Invitation à rester disponible pour recevoir le rayon de lumière que Jésus nous prépare pour aujourd’hui. La seule et vraie lumière qui peut dissiper nos ténèbres est Jésus lui-même dont le nom signifie « Dieu Sauve ». Cette lumière ne brille pas de loin puisque Jésus est Emmanuel, « Dieu avec nous »
Invitation alors, en conséquence, à rayonner nous-mêmes de cette lumière en prenant le chemin de Jésus lui-même. Pour rayonner aujourd’hui, Jésus veut passer par nous. à chaque baptisé d’être témoin de la présence et du salut de Dieu dans les ténèbres d’aujourd’hui.
Alors chaque jour rayonnera de ce mystère de Noël et la lumière brillera toujours plus !
Don Guillaume PLANTY
Après avoir fêté le baptême du Seigneur dimanche dernier, nous sommes entrés dans la première période de ce que les livres liturgiques français appellent le « temps ordinaire » – le latin parle de « tempus per annum », c’est-à-dire le temps au long de l’année. Nous vivrons ce temps ordinaire jusqu’au Carême puis du lendemain de la Pentecôte jusqu’au 1er dimanche de l’Avent.
Loin d’être un temps « bouche-trou » – il aurait bien fallu trouver un nom à « ce qui n’est pas » : n’est pas l’Avent ni le Carême, n’est pas le temps de Noël ni de Pâques – loin également d’être un temps « banal » (ce que pourrait laisser croire le terme ordinaire), ce temps nous est donné pour sanctifier notre quotidien. Dieu agit dans chaque seconde qui passe du temps qu’Il nous donne de vivre et nous sommes appelés à sanctifier chaque instant. Nous avons besoin de temps de grâces (Noël, Pâques) pour habiter par la suite l’ordinaire comme dans notre vie chrétienne, nous avons besoin d’évènements qui font grandir notre foi (pèlerinages, retraites, temps forts) pour chercher Dieu dans le quotidien de notre vie.
En retrouvant la couleur verte, choisissons de faire de l’ordinaire de notre vie le temps béni de notre sanctification. Soyons certains que Dieu nous veut là où nous sommes (dans notre famille, dans notre travail, dans notre paroisse) sans fuir, mais en habitant le temps qui s’écoule de sa présence aimante. Saint José Maria Escriva, souvent surnommé « le saint de l’ordinaire », exhortait à se battre contre « la mystique du » si » ». « Ah ! si je ne m’étais pas marié, ah ! si je n’avais pas cette profession ». Tenez-vous-en à la réalité la plus matérielle et la plus immédiate, car c’est là que se trouve le Seigneur. Demandons-lui son intercession et, pourquoi pas, lisons ses enseignements pour entrer avec enthousiasme dans le temps ordinaire et pour rechoisir la vie que le Seigneur nous donne de vivre. « Il n’y a pas d’autre chemin, mes enfants : ou nous savons trouver le Seigneur dans notre vie ordinaire, ou nous ne Le trouverons jamais » disait-il.
Soyons-en convaincus : comme une plante verte qui croît lentement, la grâce viendra au secours de notre faiblesse humaine pour faire de notre vie, aussi banale soit-elle, une merveille habitée de la présence de Dieu. « Veux-tu vraiment être saint ? s’enquiert saint José Maria. Remplis le petit devoir de chaque instant : fais ce que tu dois et sois à ce que tu fais. »
Don Raphaël SIMONNEAUX