Les remarques que Jésus fait à Philippe, bien qu’apôtre choisi par Jésus, nous montrent, la nécessité de grandir dans la foi : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu, a vu le Père. Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! » (Jn 14). Jésus constate amèrement que ses plus proches disciples n’ont pas reçu, dans leurs cœurs, l’enseignement qu’il leur donne depuis un bon moment. Les phrases sont exclamatives et non pas interrogatives. Nous voyons l’exigence de Jésus en matière de foi. Il en va de même pour chacun d’entre nous. La foi n’est pas un « paquet » que nous avons reçu massivement, même si le baptême nous fait entrer dans la vie de Dieu. Nous recevons par notre baptême la foi, et cela est symbolisé par le cierge que le parrain tient, mais une foi qui doit grandir. Comme ce cierge que le parrain tient semble fragile par la petitesse de la flamme, notre foi est fragile au moment de notre baptême. Elle doit grandir dans notre cœur tous les jours de notre vie, être consolidée par nos proches, parents, parrains et marraines, mais surtout par les sacrements que nous recevons, pour pouvoir laisser Dieu agir en nous. Ainsi, il n’y a pas de repos pour nous tant que nous ne sommes pas dans le Christ. Plus nous croyons, plus nous posons des actes religieux ; plus nous prenons des risques dans la foi, plus nous sommes proches de Dieu. Cette proximité s’apprend, se travaille comme les apôtres l’ont apprise malgré eux. Ils se sont laissé guider par Jésus en le suivant malgré leurs incompréhensions, malgré leurs questions qui sont restées sans réponses humaines. En tombant, ils se sont relevés par la grâce de Dieu ; abandonnant le Christ, ils ont eu l’humilité de revenir vers lui. Dieu a travaillé leur cœur comme il travaille le nôtre tous les jours de notre vie. Dans les difficultés et les douleurs que nous traversons, Dieu est présent et attend que nous tournions notre regard vers lui systématiquement. Dans les difficultés et les joies, il attend la même chose : que nous nous tournions vers lui. Sainte Thérèse d’Avila disait : « Tout est grâce. » C’est-à-dire que toute chose nous permet d’aller vers Dieu. C’est une phrase qui est parfois lourde et difficile à comprendre mais éprouvée par les saints. Cet évangile d’aujourd’hui nous invite donc à ne pas rester satisfaits de notre foi, à toujours avoir le désir d’augmenter notre foi, de grandir et de laisser Dieu agir dans nos cœurs.
Don Bruno de LISLE
Le chapitre dix de l’Évangile selon Saint Jean nous offre une image réconfortante de Jésus. Il se présente comme le Bon Pasteur. Celui qui paît ses brebis, celui qui les conduit, celui qui donne sa vie pour elle. C’est le dimanche de l’année où nous demandons particulièrement au Seigneur les vocations sacerdotales dont nous avons besoin, dont le monde a besoin. Dès le commencement de sa vie publique, Jésus a formé son groupe des douze pour être avec lui et faire les mêmes œuvres que lui. Il a voulu des prêtres. Demandons pour nos prêtres cette grâce de lui ressembler de plus en plus, pour les séminaristes qu’ils soient généreux dans la réponse à l’appel de Dieu, pour nos familles qu’elles soient le terreau où germeront les vocations de demain.
Revenons à cette page d’évangile (Jn 10,1-10). Tout d’abord, Jésus nous dit « les brebis écoutent sa voix ». Dans le brouhaha de nos vies modernes, entre les notifications de nos téléphones, les sollicitations incessantes et les inquiétudes du lendemain, nous sommes souvent comme des brebis étourdies. Nous entendons mille voix, mais laquelle écoutons-nous vraiment ? Jésus nous dit : « Les brebis écoutent sa voix… elles le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix. » La croissance de la vie spirituelle passe par affiner notre oreille intérieure. Pour cela, il est nécessaire de goûter, dans le silence de la prière et la fréquentation de la Parole de Dieu, le murmure du Seigneur. Nous y apprenons à distinguer la voix du Christ de celle des « voleurs et des brigands » — ces voix qui nous poussent à la comparaison, à l’amertume ou au repli sur soi.
Puis Jésus nous dit : « Je suis la porte ». C’est une affirmation surprenante. Le Christ ne se présente pas comme une barrière, mais comme un point de passage. Entrer par lui, c’est entrer dans une relation personnelle. Ce lien avec Jésus nous guérit et nous libère des mauvais liens. Ce n’est pas une porte qui enferme, mais une porte qui ouvre sur un espace où l’on peut « entrer et sortir » en toute sécurité. Être chrétien, ce n’est pas vivre en vase clos, c’est habiter ce monde – pour lequel Jésus a livré sa vie – avec assurance, puisque nous sommes infiniment aimés et sous la protection du Bon Pasteur.
La conclusion de ce passage est une promesse : « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en surabondance. » Dieu ne veut pas pour nous une vie « correcte » ou simplement « raisonnable ». Il veut le débordement. Cette abondance n’est pas matérielle ; elle est la réponse de Dieu à notre âme qui a infiniment soif d’aimer et d’être aimée. Cette abondance, rien ni personne ne pourra nous la ravir -mêmes les épreuves les plus coriaces- parce que c’est une promesse de Dieu.
Pour goûter à cette surabondance, passons par la porte qu’est le Christ pour nous laisser conduire, éteignons les hauts-parleurs qui grondent et nous empêchent de goûter le silence de la prière, guettons la voix du Bon Pasteur dans sa Parole. Il nous appelle !
Don Marc-Antoine CROIZE-POURCELET
Il a fallu 40 jours pour nous préparer à Pâques et nous avons maintenant 50 jours jusqu’à la Pentecôte pour vivre de la grâce de Pâques, signe que oui définitivement la vie est plus forte que la mort.
La grâce fondamentale de Pâques est sans doute de raviver la grâce de notre baptême. En effet, par le Baptême, nous sommes morts et ressuscités avec le Christ ! Au Baptême nous recevons la grâce de la foi. À Pâques, elle est ravivée. Pendant le temps pascal nous essayons d’en vivre un peu plus.
Les pèlerins d’Emmaüs auxquels nous emboitons le pas ce dimanche sont de bons compagnons pour notre temps pascal. Après la Résurrection, leur regard est sombre. Malgré la visite des Saintes Femmes au cénacle, ils n’ont pas vu Jésus ressuscité et n’osent pas croire à ces témoignages apparemment extravagants. De même n’y a-t-il pas dans les recoins de nos cœurs et de nos vies, ces endroits où il nous est trop difficile d’accueillir la lumière de la foi ? Telle rancune, tel renoncement, tel pardon, telle résignation, telle jalousie ?
Pour les pèlerins, comme pour nous pendant ce temps pascal, il nous faut, conduit par Jésus lui-même, revenir à la Parole de Dieu avec patience. En effet « la foi nait de ce que l’on entend ». Comment entendre la Parole de Dieu sans la lire ? Et pour la retenir et la laisser agir en nous, il faut y revenir souvent. Alors, une inversion se produit et ce n’est plus simplement nous qui allons à la Parole, c’est la Parole qui se met à nous conduire, qui ouvre le chemin et nous guide. Nos cœurs deviennent « tout brûlant ».
Avec les disciples, ce chemin nous mène à « la fraction du pain », à l’Eucharistie. Et c’est à ce moment que leurs yeux s’ouvrent et « qu’ils le reconnurent ». Au même moment, Jésus disparait à leur regard. Pourtant, plus de doute possible, la foi s’est frayée un chemin jusqu’à leur cœur, Jésus est Ressuscité ! Le regard des disciples s’est transformé. Ils peuvent alors rebrousser chemin et revenir pleins de vie vers ce lieu de mort qu’était devenu pour eux Jérusalem.
La mort et la Résurrection de Jésus, « les évènements de ces jours-ci » deviennent pour les disciples d’Emmaüs comme pour nous par le Baptême, la source d’un regard nouveau, le regard de foi ! Nourris de la Parole et de l’Hostie, puissions-nous approfondir toujours ce nouveau regard !
Don Guillaume PLANTY
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » »
Ainsi fut institué le dimanche. Dieu avait confié dans l’Ancienne Alliance au peuple hébreu, par l’intermédiaire de Moïse, le précepte du repos sabbatique : « Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier […]. Le septième jour est un sabbat pour le Seigneur ton Dieu. » (Ex 20, 8). Jésus a lui-même respecté le sabbat avec ses disciples mais en lui redonnant la signification intérieure originelle. Nous connaissons les polémiques fréquentes, dans l’évangile, qui concernent le sabbat : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat. Ainsi le Fils de l’homme est maître même du sabbat. » (Mc 2, 27-28).
Lors du samedi saint, Dieu s’est en quelque sorte reposé de son œuvre de salut : Jésus est au tombeau et le monde attend la Résurrection. Celle-ci vient « le premier jour de la semaine », jour à la fois de mémoire du commencement de la Création (« le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux (…) Dieu dit : que la lumière soit, et la lumière fut. ») et jour qui marque la nouvelle Création, celle de l’homme racheté du premier péché, celle de la communauté des baptisés. Saint Jean-Paul II, dans sa lettre apostolique Dies Domini, donne le sens du dimanche : « C’est le jour qui rappelle la création du monde et annonce la nouvelle création inaugurée par la résurrection du Christ. » (n° 18)
Les premiers chrétiens ont tout de suite respecté le rythme de cette nouvelle Création en se réunissant pour « la fraction du Pain » – l’Eucharistie – chaque dimanche que très vite ils ont appelé le Dies Domini, le « Jour du Seigneur ». Certains sont même morts martyrs pour défendre cette possibilité de se réunir le dimanche : ce sont les martyrs d’Abytène qui répétaient : « sans le Dimanche, nous ne pouvons pas vivre ! »
Nous-mêmes, nous nous réunissons chaque dimanche et le temps pascal est l’occasion de retrouver le sens de ce jour particulier. Comme au Cénacle avec les Apôtres et la Vierge Marie, nous nous retrouvons pour recevoir la paix que le Christ Ressuscité nous offre, nous sommes « remplis de joie » en rencontrant le Seigneur et nous redisons à Jésus notre foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » notamment devant le mystère de l’Eucharistie. Réapprenons à vivre le dimanche qui ne peut pas être un jour comme les autres : non seulement bien sûr en étant fidèle à la messe mais aussi en faisant du dimanche une vraie fête du Seigneur en nous habillant de manière soignée pour marquer la fête, en invitant des frères et sœurs chrétiens et en soignant particulièrement le repas dominical, en privilégiant particulièrement ce jour-là les relations fraternelles et familiales et en laissant de côté les écrans, le matériel et le superficiel.
Don Raphaël SIMONNEAUX
Il ne nous reste plus qu’une semaine avant la fête de Pâques, le but de notre Carême. On peut s’en réjouir, en être désolé suivant l’intensité des efforts que nous avons produits. Nous allons maintenant vivre une semaine intense dans l’ordre de la foi. Bien que nous puissions être las des jours de jeûne ou des sacrifices que nous offrons pourtant avec amour, cette semaine est le trésor que l’Eglise multimillénaire nous offre : nous allons vivre d’une manière particulière les derniers instants du Christ avant sa mort et sa résurrection.
Pour bien vivre cette semaine, il nous faut l’aborder comme un débutant qui découvre la vie du Christ. Bien sûr que la grande majorité d’entre nous connaît déjà le dénouement du Triduum pascal. C’est par ailleurs un danger. Il ne faut jamais s’habituer et toujours débuter cette semaine avec le regard des apôtres qui suivent Jésus sans comprendre la portée de chacune de ses paroles et de chacun de ses gestes. Nous avons un témoignage manifeste de cette incompréhension dans la série THE CHOSEN durant la saison 5. Les apôtres aiment Jésus. Ils essayent de comprendre ce que Jésus dit. Il prophétise afin que les apôtres comprennent, mais aussi pour que certaines de ses paroles leur soient cachées. Il veut que ses fidèles d’entre les fidèles vivent l’abandon à la volonté du Père, comme Jésus le vit. Les apôtres, comme nous tous, souhaitaient défendre Jésus. Pierre le dit : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous les disciples dirent de même. » (Mt 26,35). Mais ce n’est pas cette attitude que Jésus attend. Il veut que les apôtres ouvrent leurs cœurs afin que Dieu en prenne possession. Il en va de même pour nous. A l’instar des apôtres, vivons cette semaine en suivant Jésus, mais sans nos idées, sans notre manière de voir, avec les yeux de la foi.
Nous avons un deuxième modèle pour vivre la Semaine sainte. Celui de la Vierge Marie. Elle va vivre cette semaine tragique avec foi et courage contrairement aux apôtres. Ce qui est intéressant pour nous chez les apôtres, c’est que nous sommes comme eux, ce qui est intéressant pour nous avec la Vierge Marie, c’est qu’elle « gardait dans son cœur tous ces événements » (Lc 2,51). Cette phrase me semble décisive pour comprendre la Sainte Vierge. A chaque étape de la vie de son fils, elle a médité c’est-à-dire relu l’évènement avec les yeux de la foi. C’est une leçon que nous devons garder pour toute cette semaine : pour chaque célébration que nous allons vivre (Jeudi Saint, Vendredi Saint, Samedi Saint et Pâques), il nous faut méditer les paroles que nous entendons, les gestes que nous voyons dans la liturgie. Ne passons pas à côté de ce trésor : venons aux offices et méditons avec le regard des apôtres et de la Vierge Marie.
Don Bruno de LISLE
Au cœur de cette Messe nous entendons la lecture de la Passion de Jésus, cette année selon Saint Matthieu.
Sainte Bernadette Soubirous, sainte Bernadette de Lourdes a eu ce mot : « La Passion je la comprends mieux quand je la lis que quand on me l’explique ».
La Passion de Jésus c’est l’heure dont Il a parlé en disant « Je dois être baptisé d’un baptême » c’est-à-dire plongé dans cette mort de l’Homme-Dieu, Celui qui est venu nous sauver.
Dans l’Evangile selon Saint Luc, nous lisons qu’à plusieurs reprises Jésus dit aux disciples « nous montons à Jérusalem » Jérusalem, la Ville Sainte où Il va mourir et ressusciter ! Les différents faits qui composent la Passion de Jésus on pourrait dire qu’ils sont un condensé du péché des hommes, la trahison, les reniements (Le seul Apôtre présent au pied de la Croix, nous le savons bien, est Jean.)
D’un autre côté il y a la perversité des gens du Temple, dans l’Evangile selon Saint Jean (cette Passion qui est lue chaque année au Vendredi Saint) nous voyons les gens du Temple qui haïssent les romains mais qui, en l’occurrence, font appel à une loi romaine, la « Lex de majestate », la « loi de majesté » instaurée par Octave Auguste ; c’est à cette loi qu’ils font référence (Jean chap 19. Verset 12) quand ils disent à Pilate « Si tu le relâches tu n’es pas ami de César, quiconque se fait roi s’oppose à César. » (1)
Ils ont déplacé le procès au plan politique : c’est une menace à peine voilée de dénonciation « en haut lieu » auprès de Tibère à Rome, et comme Pilate leur dit « crucifierai-je votre roi ? », ils ont ce mot terrible « nous n’avons de roi que César ».
Le Père Xavier Léon-Dufour, exégète, écrit : « A cet instant précis, ils ont renié la Seigneurie de Dieu sur eux ».
Sœur Edith Stein (canonisée par Jean-Paul II en 1998) a écrit : «Jamais cœur d’homme n’a pénétré dans une nuit aussi obscure que celle de l’Homme-Dieu à Gethsémani ».
Il n’est pas donné à l’esprit investigateur des hommes de pouvoir sonder le mystère impénétrable du divin abandon de l’Homme-Dieu sur la Croix »
Et, cependant si Jésus nous apparaît bien comme écrasé par ces événements terribles, sans compter les supplices endurés, en même temps Jésus commande sa Passion « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne ».
Au moment de mourir sur la Croix Jésus déclare : « Tout est accompli ». Ce qui nous sauve, nous tous pécheurs, ce n‘est pas toute cette quantité de souffrances, c’est le fait que Jésus accepte tout cela avec amour, c’est le fait qu’Il accomplit la Volonté du Père c’est ainsi que cette mort devient rédemptrice.
(1) Voir « Le procès de Jésus condamné par Ponce Pilate « J.M. Varaut avocat chrétien Plon 1997
Don Jean-Marcel VEAU
Lazare était au tombeau depuis déjà quatre jours. Tous les délais étaient largement dépassés pour que personne ne puisse dire : “En fait il n’était pas réellement mort…” Il était bien mort et enterré, et la putréfaction du cadavre rend tout à fait incommode et déplacé l’ordre de Jésus : « Enlevez la pierre !… – Mais, Seigneur, il sent déjà… » Et Jésus : “N’avais-je pas dit que cette maladie n’était pas pour la mort, mais pour la gloire de Dieu et de son Fils ?” Si, tu avais dit cela, Jésus… Mais justement, Lazare est mort quand même… Ô Jésus, “que ta parole est pour moi difficile” (Ps 138/139,17) : Lazare est mort et enterré, pourquoi dire que cette maladie ne le conduirait pas à la mort ? À ma courte vue (et sans doute parce que ce n’est pas exactement cela que tu avais dit, mais j’ai compris à ma façon), il semblerait que ta Parole est prise en défaut… C’était pourtant celui que tu aimais, et tu aimais aussi Marthe et Marie qui ont envoyé un messager pour te supplier de venir… Et tu n’es pas venu… Il semblerait que tu as fait exprès de rester loin plus longtemps… Notre incompréhension est à son comble, notre peine est immense, non seulement parce qu’il nous a semblé que tu t’es désintéressé de nous, mais aussi parce que tous tes ennemis (venus peut-être davantage constater la mort de Lazare que manifester leurs condoléances) se réjouissent de cette absence, au goût d’échec et d’impuissance…
Mais tu as un plan. Il correspond au plan du Père qui t’exauce toujours. Il ne correspond pas au plan des hommes, à la vue courte et au cœur submergé et aveuglé par le chagrin familial, et aussi, pour ceux qui t’aiment, bouleversés par la souffrance de te voir vaincu… Et la douleur nous égare…
Mais toi, Jésus, tu n’es jamais vaincu. Même quand ta Parole semble prise en défaut, même lorsqu’il semble que tu t’éloignes et t’absentes au moment du deuil insupportable et de la peine inconsolable, même alors rien ne t’échappe, le hasard n’existe pas, ta toute-Puissance est toujours à l’œuvre, tout correspond à ton plan, au cheveu près (Mt 10,30) ; il fallait faire ce miracle devant une grande partie des ennemis réunis, devant une grande partie des hésitants, devant tes propres apôtres et disciples si douloureusement mis à l’épreuve, afin de les affermir le plus possible devant le mystère incompréhensible qui est finalement celui de la Croix, mystère d’un Messie souffrant qui suit son plan, pour la gloire de Dieu et pour le salut du monde, mystère de faiblesse qui est puissance de Dieu, mystère de folie (“l’amour de Dieu est folie”, comme on le chante), alors qu’il est sagesse de Dieu, mystère de pauvreté qui est la vraie richesse du Royaume des cieux.
« Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. » (1Co 1,25). Mystère quand même. Mais « si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » La Foi traverse le mystère, elle est déjà Résurrection, elle est déjà Vie éternelle. « La Vie éternelle, c’est de te connaître, toi le seul Véritable Dieu, le Père, et Celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » Tout cela était « afin qu’ils croient que tu m’as envoyé ».
Actualité de l’Evangile ! Ô mon âme, ta maladie te mène t-elle à la mort ?
Ô Eglise, tes maladies te mènent-elles à la mort ? Ô humanité, ton état de fin de civilisation te mène-t-elle à la mort ? Non, « cet état des choses est pour la gloire de Dieu, pour la gloire du Fils de Dieu ! » Mystère, surtout s’il faut quand même passer par la mort et attendre de Dieu la Résurrection.
“Ô Croix, Sagesse suprême !”
Qui me donnera de faire confiance, au-delà du désespoir, en une parole de Dieu qui semble se démentir elle-même ? Ô vous, Marthe et Marie, et Lazare votre frère, vous qui êtes passés par ce désespoir, donnez-moi de faire confiance au plan de Jésus dans ma vie, dans la vie de l’Eglise, dans la vie de l’humanité, malgré l’état des lieux.
“J’ai mon plan !” « Je suis la Résurrection et la Vie ! Crois-tu cela ? »
Don Laurent LARROQUE
Ce dimanche, l’Eglise nous donne d’entendre la guérison de l’aveugle né (Jn 9). Jésus se situe au Temple de Jérusalem au moment de la fête des Tentes (Jn 7,2). Cette fête rappelle l’exode au désert et plus fondamentalement la condition de viator de peuple de Dieu. La tension est grande, Jésus vient d’esquiver une lapidation à cause de la phrase « Amen, amen, je vous le dis : avant qu’Abraham fût, moi, JE SUIS. »
Dans ce contexte, Jésus et ses disciples croisent l’aveugle mendiant. Cela suscite une excellente question : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? ». Derrière cette question il y a une croyance : si tu souffres c’est que Dieu t’a puni. La prospérité était comprise comme la récompense de Dieu pour une vie droite, le malheur comme la conséquence du mal commis. Bien sûr que notre bonheur et notre malheur ne sont pas indépendants de notre vie morale. Mais l’expérience commune de l’humanité regorge d’une part de personnes qui ne cessent de faire le bien et qui pourtant accumulent les misères, d’autre part de bourreaux à qui tout semble sourire.
La Bible aussi a ses contre-exemples comme Job le juste qui sombre dans la misère la plus profonde sans jamais maudire Dieu : « le Seigneur a donné, le Seigneur a repris, que le nom du Seigneur soit béni » (Job 1,21). Bref, Jésus brise ici cette fausse croyance : l’infirmité ou la blessure n’est pas une punition divine.
Le mal moral entraîne une blessure, sur moi ou sur quelqu’un d’autre. Faire le mal a toujours une conséquence négative. Mais dans l’autre sens je ne suis pas forcément la cause d’une blessure que je subis. Heureusement aussi : le bien accompli a lui aussi toujours une conséquence positive, sur moi et sur l’humanité tout entière.
S’il y a bien un lien entre le mal moral et le mal subi (ou la blessure), il n’est pas nécessairement immédiat.
Enfin, il est bon de regarder l’itinéraire de foi de cet aveugle guéri. Au début de cette page d’évangile il parle de Jésus en disant « l’homme qu’on appelle Jésus » (v11), puis « C’est un prophète » (v17), puis il est « de Dieu » (v33) enfin il l’appelle « Seigneur » (v38) et se prosterne devant lui. Que le Seigneur dessille toujours notre regard pour mendier sa lumière. Nous ne nous lasserons jamais de le contempler et de mieux le connaitre.
Don Marc Antoine CROIZE POURCELET
L’Église de France ne cesse de se réjouir de l’afflux de nombreux catéchumènes : cette année encore, la France entière aura, à Pâques la joie, dans de très nombreuses paroisses, d’entourer des jeunes et des adultes au moment où ils recevront la vie divine dans la grâce incommensurable du baptême. A Saint-Raphaël également, nous entourerons nos 15 catéchumènes.
Ils sont catéchumènes depuis plusieurs mois, voire plusieurs années depuis leur entrée en catéchuménat : après avoir été instruits brièvement sur les rudiments de la foi chrétienne et de leurs conséquences morales, l’Église les a accueillis en leur posant la question : « Que demandez-vous à l’Eglise de Dieu ? » – « La foi » ont-ils répondu après avoir frappé à la porte de l’église. Ils ont alors reçu sur leurs diffférents sens des signes de croix.
Depuis ce temps, ils se sont préparés en découvrant la vie chrétienne au dernier carême dans lequel ils sont entrés avec toute l’Église le mercredi des Cendres.
Lors du 1er dimanche de Carême, ils étaient à la Castille autour de notre évêque pour l’appel décisif, ce qu’on appelait dans l’Antiquité, le rite de l’inscription du nom. Désormais nous les appelons les « electi », les appelés. Ils ont alors été appelés à intensifier leur préparation : nous les entourons tous de notre prière et de notre affection fraternelle pendant ce Carême décisif pour eux.
A partir d’aujourd’hui et durant les trois dimanches qui viennent, ils recevront les « scrutins », des prières d’exorcisme où nous demandons à Dieu de les aider dans leur ultime combat spirituel. Ils sont « scrutés » par Dieu, c’est-à-dire regardés en profondeur, jusqu’au plus profond de leur cœur. Nous demandons que le diable soit repoussé loin d’eux au moment où ils s’apprêtent à recevoir en héritage le trésor de la vie éternelle. Les scrutins sont accompagnés des trois évangiles qui nous aident à méditer ce qu’est le baptême : la Samaritaine aujourd’hui, l’aveugle né le 4ème et la résurrection de Lazare le 5ème dimanche de Carême.
Ils seront après chaque scrutin « renvoyés » de l’église conformément à l’usage antique pour signifier qu’ils n’ont pas encore été « initiés » au sacrement de l’Eucharistie auquel ils prendront part d’une manière nouvelle lors de la vigile pascale.
Lors du dernier scrutin, les baptisés réciteront devant eux le Symbole des Apôtres qu’ils seront invités à apprendre et qu’ils « restitueront » le matin du Samedi saint. C’est aussi le cas de la prière du Notre Père.
Le Samedi saint auront lieu les ultimes rites préparatoires au baptême : un dernier exorcisme, l’onction d’huile des catéchumènes signifiant la force dans le combat spirituel et l’Ephata reprenant le geste guérisseur de Jésus en Mc 7, 32-35.
En ce temps de grâce qu’est le Carême prions et jeûnons pour nos chers catéchumènes qui vont être enfantés à la grâce !
Don Raphaël SIMONNEAUX
Nous connaissons la symbolique importante des 40 jours du Carême. Il suffit de l’entendre ou de le lire pour que rejaillissent dans notre cœur les 40 ans d’errance du peuple hébreux dans le désert, les 40 jours et 40 nuits de Jésus lui-même au désert, modèle par excellence de notre combat spirituel de Carême.
Pourtant les plus matheux d’entre nous auront remarqué qu’entre le mercredi des Cendres et le dimanche de Pâques, il y a bien plus que 40 jours, il y en a 46 ! Nous aurait-on menti ? Non ! C’est tout à fait normal.
Notons-le une fois pour toutes ! Le dimanche, ce n’est pas Carême ! Ouf ! Le compte est bon, ça fait bien 40 !
Pour autant, savons-nous bien vivre ces dimanches de Carême ?
Pointons d’abord un danger, celui de céder à la tentation de rattraper le dimanche tout ce dont nous nous sommes héroïquement privés la semaine ! Cette tentation peut venir d’une approche un peu trop légaliste de notre Carême se résumant dans l’alternative emprisonnante du seul permis / défendu. Cette tentation peut aussi venir aussi d’une certaine tension dans notre conversion qui cherche une soupape pour tenir la durée et révèle par là encore un manque de liberté !
Loin de cette tentation, les dimanches de Carême sont une grâce pour grandir en liberté. Chaque dimanche permet un point d’étape, un regard sur la semaine écoulée et une anticipation de la semaine à venir. Suis-je un peu plus détaché de ceci ou de cela ? Suis-je un peu plus attaché au Seigneur ? Occasion de rechoisir par amour le travail de réorientation de notre liberté vers Dieu.
Cette année A nous offre par ailleurs l’un des plus beaux cycles d’évangiles de l’année liturgique. Il vaut la peine de les méditer un peu plus que d’habitude. Ils évoquent chacun à leur manière le mystère du baptême que recevront nos catéchumènes à Pâques ! Belle occasion de raviver notre propre baptême !
Il apparait alors que ces dimanches de Carême sont parmi les plus beaux de l’année tant ils nous permettent d’apprendre avec la délicatesse de la pédagogie de l’Eglise la joie de la liberté des enfants de Dieu !
Bon Dimanche !
Don Guillaume PLANTY