Alors que Jésus parle en parabole, beaucoup se demandent pourquoi il ne dit pas ce qu’il a à dire clairement. Ce serait pourtant plus simple, et il gagnerait à ce que tous comprennent. Pourquoi se fatiguer à parler si les interlocuteurs ne comprennent pas ce que l’on dit ? En Jean 10 on trouve : « Les Juifs firent cercle autour de lui ; ils lui disaient : « Combien de temps vas-tu nous tenir en haleine ? Si c’est toi le Christ, dis-le-nous ouvertement ! ». Jésus n’est pas différent de nous. Il veut que l’on comprenne. Cependant, il cherche quelque chose que ses contemporains ne saisissent pas : l’adhésion par la liberté. Il ne s’agit pas tant de forcer les Juifs à croire que de leur montrer la vérité afin qu’ils croient. C’est pourquoi Jésus fait des miracles, afin de susciter l’intérêt, mais parle de manière semi-cachée afin que le cœur s’ouvre à ce qu’il dit. On voit cela dans la construction de l’évangile de Matthieu : au chapitre 12 Jésus fait des miracles : (verset 13) « Alors Jésus dit à l’homme : « Étends la main. » L’homme l’étendit, et elle redevint normale et saine comme l’autre. » ou encore :
(verset 22) « Alors on lui présenta un possédé qui était aveugle et muet. Jésus le guérit, de sorte que le muet parlait et qu’il voyait ». Les foules sont dans l’admiration, mais les pharisiens ne veulent pas croire. Alors Jésus explique ces signes mais en parabole, de manière cachée afin que tous puissent le choisir avec sa propre liberté, sans être obligé de croire.
Jésus pourrait agir de manière plus forte, mais au détriment de notre liberté. C’est une leçon très importante que nous devons retenir. Notre monde est dirigé par une réflexion inverse. Si la technique nous permet de le faire, alors pourquoi s’en priver ? C’est souvent l’appât du confort qui nous fait agir ainsi : Le transhumanisme semble possible ? Alors faisons-le. L’avortement et l’euthanasie sont possibles ? Alors pourquoi s’en priver ? Nous sommes dans le monde de l’efficacité à tout prix. Nous ne comprenons pas que ce qui se fait sans le temps, ne résiste pas au temps. Aussi, il ne faut pas être un grand devin pour comprendre que notre manière de vivre actuellement, bien au-delà de nos moyens, ne pourra pas tenir longtemps. Et lorsque nous nous en rendrons compte, nous en souffrirons.
C’est pourquoi l’oraison de ce dimanche nous montre un autre chemin, celui du Christ et de l’Eglise : « […] multiplie pour nous les gestes de miséricorde afin que, sous ta conduite, en faisant un bon usage des biens qui passent, nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent ». Nous cherchons ce qui vient de Dieu et qui ne se voit pas, tandis que le monde court derrière ce que l’on voit, aveuglé par l’invisible.
Don Bruno de LISLE