Le baptême de Jésus est un évènement bouleversant de l’évangile. Saint Mathieu nous raconte que, parmi la foule venue à Jean au bord du Jourdain, se tient Jésus, le Fils bien-aimé du Père. Lui, le Saint de Dieu, se mêle aux pécheurs, entre dans les eaux comme l’un d’eux. À cet instant précis, tout bascule : le ciel s’ouvre, l’Esprit descend comme une colombe et une voix proclame : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie. » Ce moment d’humilité devient une théophanie, une révélation du Dieu trinitaire.
Jésus n’avait pas besoin d’être purifié ; c’est lui qui purifie. Mais en acceptant de plonger dans les eaux du Jourdain, il rejoint pleinement notre humanité blessée. Ce geste inaugure sa mission : venir non pour être servi, mais pour servir, pour partager en tout la condition des hommes et la conduire vers le Père. Déjà, il se fait solidaire des pécheurs ; déjà, il prend sur lui le poids du monde. Le baptême est son premier pas vers la croix, mais aussi le premier signe d’un amour plus grand que nos fautes.
L’Esprit qui descend sur lui consacre sa mission. Ce même Esprit nous est donné à notre baptême. Nous aussi, nous avons entendu cette parole silencieuse : « Tu es mon enfant bien-aimé. » C’est pourquoi la fête du Baptême du Seigneur vient chaque année réveiller notre identité profonde. Être baptisé, ce n’est pas qu’appartenir à une institution, c’est vivre de cette relation d’amour qui nous fait fils et filles de Dieu.
Cette fête nous rappelle que le baptême ne nous relie pas seulement à Dieu, mais aussi les uns aux autres. En entrant dans l’eau, nous devenons membres d’une même famille, porteurs d’une même espérance. L’Église n’est pas une addition d’individus, mais un peuple façonné par l’Esprit Saint, appelé à refléter le visage du Christ. En étant baptisé, nous apprenons à vivre en frères, à nous soutenir, à pardonner… Chacun de nous est un maillon de cette chaîne vivante qu’est le Corps du Christ.
En contemplant Jésus au Jourdain, nous entendons un appel : redécouvrir notre baptême comme une source vivante. Dieu a mis en nous son sceau et attend que nous rayonnions dans le monde, le portant à tous. L’Esprit nous renouvelle et nous donne la joie d’être aimés et envoyés. Car le baptême n’est pas un souvenir, c’est un commencement qui dure toujours.
Don Bruno de LISLE