« La Grande Semaine »

« La Grande Semaine »

« La Grande Semaine » 150 150 Paroisses de Saint-Raphael

Pendant la Semaine Sainte, l’Eglise célèbre les mystères du salut accomplis par le Christ les derniers jours de sa vie terrestre, à partir de son entrée messianique à Jérusalem. Ces quelques jours entre les Rameaux et Pâques sont appelés en Orient « la Grande Semaine ». La Tradition rappelle que « ce saint Triduum est celui de la crucifixion, de l’ensevelissement et de la résurrection du Christ » (Saint Augustin). Chaque événement du Triduum a pour nous une résonance eucharistique quotidienne car la Cène du Jeudi Saint « contient » la Croix (acte unique anticipé) et la Messe (action rituelle éternellement renouvelable sur l’ordre du Christ). Nous sommes ainsi mystérieusement présents à chaque eucharistie au dernier repas du Christ, au pied de sa croix et à l’entrée du tombeau vide. A partir du Triduum Pascal, comme de sa source de lumière, le temps nouveau de la Résurrection emplit toute l’année liturgique de sa clarté (Catéchisme n°1168). « La Semaine Sainte ne peut donc pas être une parenthèse sacrée dans le contexte d’une vie mue exclusivement par des intérêts humains ; elle doit être une occasion de pénétrer dans la profondeur de l’amour de Dieu, pour pouvoir ainsi, par notre parole et par nos œuvres, le montrer aux hommes » (Saint Josémaria Escriva).

Forts de notre longue marche quadragésimale vécue comme une ascension, poussés et accompagnés par l’Esprit de notre Baptême et de notre Confirmation, nous devons aborder ces quelques heures de la vie du Christ (qui remplissent à elles seules le quart des récits évangéliques) comme le sommet de notre année liturgique, temps de grâces et de bienfaits accordés par le Seigneur, à la manière de l’Eucharistie, « source et sommet de notre vie chrétienne » (Vatican II).

Depuis les premiers siècles, l’Eglise nourrit abondamment les fidèles d’intenses célébrations pendant les jours saints. Un certain nombre de pieux exercices (processions, Via Crucis, Via Matris, adoration…) aident les fidèles à mieux apprécier les actions liturgiques. S’il fallait choisir, l’action liturgique devra toujours conserver la priorité : le vendredi saint, la participation à l’office de la Passion prime fondamentalement sur le chemin de croix ou sur la neuvaine de la Miséricorde.

Il ne peut s’agir seulement de remplir le précepte pour « faire ses Pâques » mais de vivre ces riches heures en vérité, comme des pécheurs aimés et rachetés. C’est le sang du Christ qui lave notre âme, sang répandu depuis l’agonie, la flagellation, la couronne d’épines, la Via Dolorosa jusqu’à la croix. Le Christ se livre à ce moment-là pour notre âme et pour l’Eglise (Eph 5,25). Cette souffrance est portée par un amour personnel qui dépasse notre entendement : « Jésus a aimé beaucoup plus encore qu’il n’a souffert » (Saint Alphonse de Liguori). Notre rencontre avec sa miséricorde devra trouver sa place au début de la Semaine Sainte afin d’être en état objectif de recevoir la grâce de chaque jour du Triduum : nous ne sommes ni esclave ni mercenaire mais fils. La confession est un acte filial de retour au Père par l’offrande du Fils sous la motion de l’Esprit afin d’être « comblé de la grâce que tu réserves à tes fils » (1ère Préface de Carême). Elle est celle de l’amour fragile et blessant à l’Amour infini et blessé. A certains égards, la qualité spirituelle de notre Semaine Sainte, par là même de toute notre année liturgique, dépend dans une large mesure de la profondeur de notre confession.

D. Stéphane Pélissier