La liturgie de l’Eglise nous propose en ce dimanche la parabole du « débiteur impitoyable » au chapitre 18 de Saint Matthieu.
Au début du « chapeau » proposé par l’édition de 1981 du Missel « Saint André Hautecombe – Clervaux » nous trouvons cette phrase : « en face de Dieu, chacun de nous est un débiteur insolvable ». On pourrait dire que ce mot résume le sens de cette parabole. Cependant, Don Laurent me disait récemment que le Père Lagrange, le grand dominicain fondateur de l’Ecole biblique de Jérusalem dans les années 1890, décédé en 1938, avait reconnu que le sens profond de cette parabole était, à ses yeux, très difficile à saisir.
Cela nous laisse une liberté rare… en même temps que le désir de nous mettre à l’écoute du texte sacré.
Alors mettons-nous en marche….
Pierre demande à Jésus « combien de fois il doit pardonner » ; « jusqu’à 70 fois 7 fois » répond le Maître.
« Le Royaume des Cieux est comparable à un roi »…
« Le Royaume » = dans la monumentale « Histoire du christianisme » publiée au début des années 2000, un auteur pointe dans le premier tome : «Le Royaume : Toujours évoqué, jamais défini. Nous pourrions dire que c’est l’œuvre de Dieu dans le cœur des hommes »
Ce qui frappe, semble-t-il aussitôt dans cette parabole, c’est la disproportion totale entre les deux sommes à remettre, ce n’est pas comparable ; il y a comme une distorsion violente des chiffres.
Une idée m’était venue au fil de quelques « lectures » sur la Rome antique… car c’est dans ce temps lointain que Jésus a vécu… Et je m’étais dit : cent pièces d’argent, cela représente une réelle somme mais qui reste « raisonnable » ; face à elle, les « soixante millions de pièces d’argent » ne peuvent, à l’époque, être la possession d’un « particulier » ; de telles sommes pouvaient se trouver au Trésor des Provinces romaines et, bien sûr, au trésor de Rome, détenu au Temple de Saturne (dont quelques colonnes subsistent en surplomb du Forum que visitent les pèlerins). Il ne s’agit donc pas seulement d’un écart entre les deux sommes mais d’une totale disproportion !… Il semble que cela peut nous suggérer que la gigantesque somme représente, de quelque manière, l’offense faite à Dieu, le péché « que le Seigneur remet dans sa miséricorde infinie», et que les cent pièces sont le petit acte de charité que Jésus nous demande d’accomplir envers nos frères qui nous ont blessés…. Même si « psychologiquement », ces pardons nous paraissent difficiles.
Accueillons dans nos cœurs les paroles de Jésus : ne devons-nous pas, à notre tour, avoir pitié de notre compagnon comme le Seigneur a eu pitié de nous ? « Pardonnons à notre frère de tout notre cœur ».
Don Jean Marcel VEAU