Quelle image nous faisons-nous du Messie comme Sauveur ?

Quelle image nous faisons-nous du Messie comme Sauveur ?

Quelle image nous faisons-nous du Messie comme Sauveur ? 150 150 Paroisses de Saint-Raphael

Nous voilà, dans Saint Matthieu (ainsi qu’en Saint Marc et en Saint Luc) à un tournant, un des plus grands tournants des liens entre Jésus et ses disciples. Voilà plusieurs mois qu’ils ont vécu à ses côtés, et le Maître leur demande « Pour vous qui suis-je ? »
Pierre prend la parole au nom des autres : « Tu es le Messie, Tu es le Christ ». Aussitôt, Jésus leur annonce qu’Il sera un Messie rejeté qui devra subir sa Passion avant de ressusciter. Le même Pierre n’accepte pas cette perspective : « Cela ne t’arrivera pas  ». Il est vrai que c’est une annonce terrible pour les disciples. D’ailleurs, « six jours plus tard », Jésus emmène Pierre, Jacques et Jean et Il est transfiguré devant eux. Il leur dévoile un instant sa divinité afin de les renforcer dans la foi.
Saint Léon Le Grand dira : « C’était pour éviter qu’ils soient -on dirait de nos jours- ‘déstabilisés’ par la Passion ».
Et pourtant… cette image du Messie souffrant ne devrait pas être une surprise pour un Juif connaissant les Ecritures… Il y avait en Isaïe le « chant du Serviteur souffrant ». Bien sûr, il y a aussi chez les Juifs, au temps de la vie publique de Jésus, un courant « zélote » qui attendait un Messie victorieux par la force et Jésus a choisi un apôtre parmi eux, Simon. Il faut dire que la Palestine subit depuis 63 avant Jésus-Christ (l’annexion par Pompée), le poids de la domination romaine. Ainsi beaucoup de Juifs rêvent d’un Messie « Justicier » : ce n’est pas que cela ne soit « pas bien » de rêver d’un justicier, mais le plan de Dieu est un mystère qui nous échappe quelque peu.
Et nous, quelle « image » nous faisons-nous du Messie ? Le socle de notre méditation sur le Mystère du Christ doit toujours être celui que nous donnent les Ecritures, par exemple le Serviteur souffrant d’Isaïe. Le fait que ces textes sont insérés dans la liturgie de la Semaine Sainte nous le prouve… Sinon, selon le mot de Jean-Marie Lustiger, nous risquerions de faire du Christ «  la projection de l’homme idéal que chaque culture porte en elle  » (Le choix de Dieu – 1987).
A la fin de cet Evangile, Jésus annonce aux disciples -et Il le présente comme une condition- qu’ils passeront par le même chemin que Lui, le Sauveur, a pris.
« Prendre sa Croix » ce n’est pas seulement « un mauvais moment à passer » c’est, plus radicalement, accueillir un bouleversement total des projets. Un jour, Jésus le dira à Pierre : « Un jour tu iras là où tu ne voudrais pas aller ».
Nous ne le faisons pas avec du « stoïcisme », non, mais en union avec le Seigneur, dans la foi et donc l’espérance chrétienne, dans l’amour qui vient de Dieu.

Don Jean-Marcel VEAU

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