Veux-tu me suivre ou devenir vraiment mon disciple ?

Veux-tu me suivre ou devenir vraiment mon disciple ?

Veux-tu me suivre ou devenir vraiment mon disciple ? 150 150 Paroisses de Saint-Raphael

Le contexte des paroles de Jésus est important : il s’adresse à des foules nombreuses qui l’accompagnent sur le chemin de la Rédemption qui aboutit à Jérusalem avec la Passion, la mort et la Résurrection.

Il faut aller chercher dans le texte parallèle de saint Matthieu la raison essentielle qui impose le renoncement à ceux qui veulent SUIVRE JESUS : avec Dieu, c’est nécessairement tout ou rien. Le 1er commandement requiert tout notre coeur et toutes nos forces. Dieu décuplera notre amour pour nos proches, à condition que celui-ci ne vienne pas se soustraire à l’amour de Dieu mais bien plutôt à s’y ajouter comme une façon de l’accomplir.

Le verbe grec philein employé par Luc signifie l’amour naturel. Celui-ci est bon, tant qu’il ne s’oppose pas à l’amour surnaturel agapé, qui s’étend à tout le prochain, à commencer par les parents. Le disciple est invité à sacrifier l’amour naturel au profit d’un amour plus désintéressé et plus parfait, amour qui va d’un même mouvement, à Dieu et à ce prochain.

L’expression « qui ne hait pas » peut nous paraître choquante, elle est en réalité un hébraïsme (emploi d’une expression juive dans une autre langue) : Jésus ne demande pas la haine, mais le détachement complet et immédiat. A noter aussi que c’est la première fois aussi dans l’Evangile que Jésus parle de la croix. La croix que Jésus portera, c’est la nôtre, si bien que nous, en la supportant, nous le suivons. Devenus de véritables disciples
et non plus seulement des suiveurs avides de miracles et de prophéties, nous trouvons notre accomplissement en étant dans la compagnie de notre Maître. C’est même devenu notre signe distinctif, « le signe de la croix ».

Il est clair dans cet extrait que Luc accouple deux paraboles (procédé courant dans l’Évangile), indiquant les deux aspects complémentaires, LES DEUX TEMPS D’UNE VIE CHRÉTIENNE A CONSTRUIRE D’ABORD, PUIS A DÉFENDRE. Suivre vraiment le Christ implique au préalable une réflexion puis un choix résolu sur les moyens à mettre en oeuvre ; puis une fois l’oeuvre entreprise, éviter le ridicule de celui qui, faute d’avoir pris les moyens
nécessaires, n’atteindrait pas le but.

Les auditeurs de Jésus ne s’y trompent pas : ils se souviennent qu’Ezéchias, au retour de l’exil, conjugue lui aussi reconstruction et défense de Jérusalem et qu’à la suite de toute l’Histoire Sainte, avec Judas Maccabée, le peuple élu doit compter, pour se construire et se défendre, mieux que ses propres forces. Il peut et doit compter avant tout sur Dieu. C’est plus encore avec la grâce du Christ le fondement de toute l’espérance chrétienne.

Pour les œuvres proprement surnaturelles, humainement impossibles, nous avons la ressource infaillible, celle du « plus fort ». Pour en revenir au détachement des biens de ce monde, au moment où les premiers chrétiens mettent tout en commun, avec certains difficultés (Ananie et Saphire), saint Pierre reconnait au disciple du Christ, la liberté de
disposer de ses biens à son gré. En clair, il y a une vocation spécifique pour certains à tout abandonner de la vie matérielle et un appel universel à faire passer le Christ avant toute chose.

D. Stéphane PÉLISSIER