Toi aussi, fais de même…

Toi aussi, fais de même…

Toi aussi, fais de même… 150 150 Paroisses de Saint-Raphael

Il est difficile de commenter la parabole du bon samaritain, comme
celle, d’ailleurs, du fils prodigue et du père miséricordieux : toutes
deux ont été abondamment interprétées par des spirituels de haute
volée. Il faut dire qu’avec ces deux paraboles de Jésus rapportées par
saint Luc, celle-ci au chapitre dixième, l’autre au chapitre quinzième,
nous sommes tout simplement au coeur de l’Évangile !

Le parallèle est évident : dans « Le retour de l’enfant prodigue »,
Henri Nouwen nous apprend à nous reconnaître dans le misérable
fils indigne ainsi que dans l’exécrable et prétentieux fils aîné ; mais,
trêve de jansénisme ou de pharisaïsme – d’ailleurs, l’un et l’autre
ne sont pas bien distants…–, savons-nous nous reconnaître dans
le père miséricordieux ? Ne perdons-nous pas notre temps dans
une introspection et une jalousie dignes des cours de récréation de
primaire, campés sur nos complexes d’infériorité ou de supériorité,
au lieu d’accéder au statut de « Père » ? « Soyez saints comme le
Père céleste ». Tu as admiré l’attitude incroyablement bonne du père ?
« Alors toi aussi, fais de même »…

Il me semble que la réflexion de Nouwen vaut tout autant pour notre
parabole : certes, le premier pas est d’abord, paradoxalement, de
«tomber de cheval » : reconnaître combien nous sommes misérables !
Les bandits qui m’ont laissé « à moitié mort », sur le bord du chemin,
ce ne sont pas seulement les péchés des autres, mais aussi les miens !
Mais je ne dois reconnaître la bonté de cet homme inconnu que d’aucuns
appellent « samaritain » que pour l’imiter. Il est doux et réconfortant pour
le coeur et pour le corps de s’abandonner ainsi à tant de compassion,
de douceur, de sollicitude, d’être confié à l’« hôpital de campagne », de
prendre l’Église pour maison de convalescence… Mais à peine guérie
par Jésus, la belle-mère de Pierre les servait. Sans prétexter une santé
jamais parfaite, qui justifie chez les hypocondriaques de se soucier
toujours d’eux-mêmes, nous sommes invités à découvrir quels sont les
hommes dont nous pouvons faire notre prochain, dont nous pouvons
être proches. Voilà la « conversion » fondamentale à laquelle Jésus
nous appelle ; dans un monde où l’égoïsme creuse des fossés et élève
des murs entre les hommes, quand il ne massacre pas l’homme qui
passe sur « son chemin », sur « sa propriété », le disciple du Crucifié,
de celui qui s’est livré sans défense au chemin de la Croix, continue
inlassablement, avec les ressources inépuisables de la charité,
d’«aimer son prochain comme lui-même ». On pourra bien l’invectiver,
le moquer, le traiter de « samaritain », il poursuivra la grande oeuvre
initiée par le Christ, qui n’est pas que de « santé publique », mais de
«salut public ».

Clément d’Alexandrie avait écrit : « Il nous est donné de collaborer à
notre oeuvre de salut avec le Christ en qui nous sommes à la fois sauvés
et sauveurs ». Ton coeur tressaille à la pensée de tant de bonté semée
par le Christ à travers l’Évangile ! « Alors toi aussi, fais de même »…