Sans Domicile Fixe !

Sans Domicile Fixe !

Sans Domicile Fixe ! 150 150 Paroisses de Saint-Raphael

« Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »Voici ce qu’annonce le Christ à celui qui désire se mettre à sa suite ! Mais, comment comprendre une telle affirmation ? Nous faut-il, pour nous mettre à la suite de Jésus, devenir un citoyen du monde, refusant tout attache et tout enracinement ? Il est plus que nécessaire d’avoir un « chez soi » ! C’est vital ! C’est même l’une des conditions fondamentales pour grandir et s’ouvrir à l’universel ! Pour accepter la différence, il faut savoir qui l’on est et d’ou l’on vient. Il nous faut une demeure ! Le monde n’est pas un simple réservoir de matériaux déplaçables. La nature n’est pas un stock de ressources consommables. Un organisme vivant n’est pas une somme d’organes. Un peuple est plus qu’une addition d’individus. Pour que tout cela soit, il faut qu’un lien existe et demeure. (« Demeure » – F.X. Bellamy)

Or ce lien invisible qui fait une civilisation, n’est accessible qu’à celui qui demeure, qui habite et qui aime un lieu particulier ! Ce n’est pas une simple habitation dans laquelle on se loge, comme on le ferait dans un hôtel, c’est le lieu ou l’on repose la tête ! C’est à partir de cette demeure que nous partons à la découverte de l’autre.

D’ailleurs, le Christ lui même a voulu demeurer à Nazareth. Pendant 30 ans, Il s’y est enraciné, à tel point qu’on dira de Lui : Nous savons d’où Il est. Que veux donc dire le Christ en affirmant qu’Il n’a pas de lieu où reposer la tête ? Voici une réponse que nous donne Gustave Thibon, dans l’Echelle de Jacob : « Peut-être un ordre terrestre stable ne peut-il être instauré que si l’homme garde une conscience aigüe de sa condition itinérante » (Gabriel Marcel). Ce monde n’offre une patrie qu’à celui qui s’y sent voyageur. De fait, le centre et la raison d’être de notre vie terrestre, le lieu où elle s’enracine et le lieu où elle s’épanouit résident hors de ce monde. Un lieu de passage, un terrain d’épreuve (et notre vie n’est que cela) perdent leur sens et leur valeur dès qu’on méconnaît leur nature. Les êtres les plus dépaysés sur la terre sont ceux qui ne croient qu’en la terre : la rupture des liens, des traditions, des racines, la perte du sens du foyer et de la patrie et même des valeurs  les plus humblement matérielles (la bonne cuisine par exemple), en bref l’évanouissement des valeurs terrestres et matérielles est le stigmate fatal de toutes les civilisations matérialistes.(…) Si nous considérons en effet les biens et les valeurs d’ici-bas comme notre but suprême et la patrie de nos âmes, si nous transférons sur eux la soif d’absolu et d’éternel qui habite en nous, comme nous ferons tôt ou tard l’amère expérience de leur fragilité, nous nous retournerons contre eux de toute la force de notre espérance trompée et nous les tiendrons pour rien pour le punir de n’être pas tout.

En conséquence, il nous faut, comme le Christ l’a fait à Nazareth, aimer notre patrie, notre région, notre village, notre paroisse, notre maison, mais en gardant toujours à l’esprit que nous ne sommes ici que de passage et que notre cité se trouve dans les cieux.

D. Louis Marie DUPORT