Les indulgences

Les indulgences

Les indulgences 150 150 Paroisses de Saint-Raphael

En certaines circonstances, l’Eglise accorde des « indulgences ». C’est le cas, par exemple, lorsque le Pape, à Pâques et à Noël, donne sa bénédiction « Urbi et orbi » à tous les fidèles du monde entier. En quoi consiste cette indulgence, remet-elle les péchés, et suffit-il d’être sur la place Saint-Pierre ou de regarder le Saint-Père à la télévision pour la recevoir ?

Que dit le magistère de l’Eglise ?
« L’indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute a déjà été effacée, rémission que le fidèle bien disposé obtient à certaines conditions déterminées par l’action de l’Église, laquelle, dispensatrice de la rédemption, distribue et applique par son autorité le trésor des satisfactions du Christ et des saints. » (Paul VI, constitution apostolique Indulgentiarum doctrina, Normae 1) L’indulgence nous redonne la blancheur de notre baptême.

Quelle est cette « peine temporelle » que l’indulgence remet ?
Le péché a une double conséquence. D’une part il abîme, voire coupe notre relation à Dieu. Dans tout péché, le pécheur se détourne de Dieu, c’est ce qu’on appelle le mal de faute. D’autre part, il entraîne un attachement désordonné aux créatures : lorsque quelqu’un commet un péché, il se détourne de Dieu et en même temps s’attache à un objet de la création sans respecter l’ordre voulu par Dieu. Aussi a-t-il besoin du pardon pour se réconcilier avec Dieu, mais il a également besoin de se détacher de ce à quoi il s’est attaché. Ce détachement est une purification qui s’appelle la peine temporelle. Cette peine n’est pas une espèce de vengeance, infligée par Dieu de l’extérieur, mais découle de la nature même du péché.

Quel est le rapport de l’indulgence avec le pardon ?
L’indulgence est le complément du pardon : elle efface la peine temporelle due pour les péchés dont la faute a été pardonnée, elle répare en quelque sorte le vase. C’est pourquoi le pardon des péchés est une condition pour recevoir l’indulgence. Sur cette terre, la confession efface le péché et remet la peine éternelle s’il y a lieu, tandis que l’indulgence efface les conséquences du péché en remettant la peine temporelle qui lui est attachée. La pénitence qui est donnée par le prêtre lors de l’absolution a aussi pour but d’acquitter ces peines temporelles et de contribuer ainsi à la guérison spirituelle du pénitent.

Pourquoi cette peine reste-t-elle après la confession ?
L’absolution, par la grâce de la Passion et de la Résurrection du Seigneur, efface le péché, mais ordinairement n’efface pas ses peines (aussi appelées traces ou restes de péché). Dans sa Passion, le Seigneur a non seulement porté tous nos péchés mais il a également réparé tout le mal de la peine qui en découlait. Pourquoi alors ne l’efface-t-il pas systématiquement ? Parce qu’il a voulu, dans sa sagesse et sa bonté, nous associer au salut qu’il nous offre gratuitement par lui, avec lui et en lui. Nous sommes invités à participer par nos petits efforts à cette lutte contre le mal et en particulier contre le mal en nous. Ainsi, par la miséricorde de Dieu, nous devenons collaborateurs du Christ qui a accompli toute justice en réparant les conséquences de nos péchés par sa Passion.

Quelle est cette bonne disposition nécessaire au fidèle pour recevoir l’indulgence ?
Cette bonne disposition consiste dans le rejet de tout péché, même véniel. L’indulgence fait de nous des saints en détruisant les sources de péché qui restent en nous comme conséquence de nos péchés passés. Mais pour cela, il faut que nous renoncions à ces péchés. Si nous y restons attachés, l’indulgence est comme inopérante puisque nous ne sommes pas détachés de notre péché.

Quel est le rôle de l’Église dans l’application de l’indulgence ?
D’une part, l’Église a reçu le pouvoir d’appliquer la rédemption obtenue par le Christ. Le Seigneur, en confiant à Pierre le pouvoir de lier et de délier sur la terre et dans les cieux, a constitué l’Église comme intendante de son trésor de grâces. C’est pourquoi il appartient au successeur de Pierre, aidé par la pénitencerie apostolique, d’accorder des indulgences aux fidèles. D’autre part dans l’indulgence, c’est l’Église, comme corps du Christ, qui acquitte la peine pour la purification du pécheur, en puisant dans son trésor de grâces acquis en particulier par la Passion dans laquelle le Seigneur a porté tous nos péchés.

Pouvons-nous appliquer cette indulgence à un défunt ?
Oui, dans cette communion des saints, il nous est possible de participer à la purification de nos frères au purgatoire. Nous pouvons accomplir l’oeuvre indulgenciée en demandant que l’indulgence profite à l’un d’entre eux. C’est une charité insigne à laquelle le Seigneur nous appelle pour bâtir dès ici-bas le ciel. Quand nous appliquons l’indulgence à un défunt, nous le faisons profiter de la sainteté du Christ et des saints et ce faisant nous nous sanctifions nous-mêmes car nous grandissons ainsi en charité. En dénouant les noeuds temporels du péché, la miséricorde de Dieu, passant par nos petites mains, tisse des liens de charité pour l’éternité.

Quel est le but ultime de l’indulgence ?
L’indulgence commue notre peine, elle est une réduction ou un allègement. En effet, l’oeuvre indulgenciée est beaucoup plus légère que les conséquences de nos péchés. Si notre peine est ainsi réduite, ce n’est pas pour brader la sainteté, c’est pour nous inciter à la charité : le Christ et les saints qui nous ont précédés, se sont offerts gratuitement pour notre salut. De plus, c’est la charité qui brûle profondément le péché et ses racines en nous. C’est pourquoi l’oeuvre indulgenciée n’a pas besoin d’être importante : plus que la grandeur des oeuvres, ce qui compte dans ce domaine, c’est la charité qui nous anime. Si l’indulgence correspond donc à une remise de peine, à un allègement de la charge, c’est pour nous centrer sur l’essentiel, sur la charité. Nous qui bénéficions ainsi de la charité des saints par la communion au Christ, nous sommes appelés à devenir des signes efficaces de l’agir miséricordieux du Père.

Théophile Bonnasse,
Séminariste