Le 15 août : une fête avant d’être un dogme

Le 15 août : une fête avant d’être un dogme

Le 15 août : une fête avant d’être un dogme 150 150 Paroisses de Saint-Raphael

Dernier dogme défini comme tel le 1er novembre 1950 par le Pape Pie XII, cette réalité de foi a d’abord été portée par la piété populaire : depuis la proclamation de la Maternité divine de Marie (Concile d’Ephèse en 431) âprement défendue par le peuple de Constantinople contre son Patriarche Nestorius (à partir de 428) jusqu’à l’Assomption, ce ne sont pas moins de quinze siècles où la piété mariale a précédé et porté l’enseignement officiel de l’Eglise : « Père, ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (Luc 10,21). 
En forçant le trait, on pourrait affirmer que c’est la victoire du sensus fidei
(le sens de la foi) des baptisés sur la science des théologiens.
De même, la liturgie anticipe parfois d’une manière prophétique cette mise en forme officielle de la foi : en Occident, sa célébration introduite au 7ème siècle devient même fête d’obligation dès 813 ! En France, pays qui compte le plus d’apparitions mariales (dès le 5ème siècle au Puy) et qui honore la Vierge comme patrone principale du pays, le 15 août prend un relief très particulier par le vœu de Louis XIII qui consacre la France à Marie en 1638 : il rend obligatoires ce jour-là, le renouvellement du vœu, la procession et la prière à la Vierge
« en toutes les églises et monastères, en toutes les villes, bourgs et villages de notre royaume ».
Que croient les fidèles alors que les théologiens n’ont que peu d’éléments bibliques pour appuyer cette affirmation ? Deux réalités à la fois distinctes et connexes : en vertu de son impeccabilité, la Vierge n’a pas connu la corruption de son corps et elle est entrée au ciel, en personne, âme et corps unis, à la suite de son Fils, dans une grâce qui découle de la Résurrection. L’Assomption (de Marie) est une conséquence de l’Ascension (de Jésus), elle en est la suite logique et théologique. « Elle a triomphé de la mort et a été glorifiée dans le ciel, à l’exemple de son Fils unique Jésus Christ » (Pie XII). Tous attendent le retour du Christ pour ressusciter dans leur corps « nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps » (Romains 8,23) quel que soit notre jugement particulier.
Une femme qui lui a été donnée comme mère « Femme, voici ton fils… Fils, voici ta mère » (Jean 19,26-27), la première sauvée et rachetée qui nous précède au ciel : voilà ce que le catholique célèbre, parfois de manière inconsciente et souvent de manière attendrissante. On passe par la Mère pour aller au Fils et au Père « elle est plus Mère que Reine » notait sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Pour obtenir la guérison de son fils à l’agonie, Pépone vient offrir des cierges, non au Christ (« Il est de votre bord » lance-t-il à Don Camillo) mais à la Vierge car « elle ne fait pas de politique ».
Plus encore que Noël ou Pâques, l’Assomption représente le sommet de la religion populaire dans ce qu’elle a de plus digne et simple : sommet de l’été pour tous, c’est aussi actuellement la plus grosse assistance à la messe de l’année. C’est le jour le plus riche en processions publiques, dans un élan unanime qui dépasse et unit finalement toutes les sensibilités liturgiques. Moins affectée par le consumérisme que Noël, c’est peut-être la fête liturgique qui reste la plus religieuse pour les français.
Quel cadeau de célébrer chaque année à Saint-Raphaël dans une Basilique qui lui est consacrée, notre Mère du ciel avec une centaine de nos frères chaldéens qui chantent dans la langue du Christ et de Marie ! Beaucoup sont saisis, en particulier les musulmans durant la procession, d’entendre Notre Père et Je vous salue Marie, en araméen… Tous voient en elle, le chef d’œuvre de personne humaine qui nous présente à Dieu : à jour unique, grâce unique !

D. Stéphane PELISSIER