« Je suis ton père ! »

« Je suis ton père ! »

« Je suis ton père ! » 150 150 Paroisses de Saint-Raphael

Cette expression emblématique fera certainement sourire les amateurs du film Star wars ! Cette révélation du héros Dark Vador semblerait pouvoir être reprise pour résumer les aventures de ce père et de ses deux fils que nous rapporte Jésus dans la parabole transmise par saint Luc et désormais célèbre sous l’appellation de la ‟ parabole de l’enfant prodigue ”. En effet, tout est bien qui finit bien. Le fils indigne prend sa résolution, il va mettre un terme à ses égarements et revenir chez son père, quitte à réintégrer la maison avec un rang inférieur de domestique. Mais le père, trop content, le rétablit dans son état originel et tout le monde rentre à la maison (du moins on l’espère aussi pour le fils aîné). Et le père, à défaut de retrouver l’intégralité de ses biens, récupère au moins ses enfants sous son toit. Sa paternité bafouée devient une paternité reconnue.

Mais si l’on observe bien, on constate en réalité qu’une telle revendication : ‟Je suis ton père ”, est totalement absente de la parabole. A aucun moment le père n’use de ce genre de formule pour rappeler ses droits sur l’un ou l’autre de ses enfants, ni même simplement pour se faire reconnaitre comme tel. Il n’y a aucune affirmation de paternité de ce type pour dire ou redire les liens existants et qui devraient être respectés. Pourtant, on ne doute pas que le père assume parfaitement sa fonction. Si parfaitement même qu’il ne l’exprime pas en disant : ‟ je suis ton père ”, mais bien plutôt : ‟ tu es mon fils ”. C’est en tout cas ce qu’il fait comprendre à son fils repentant en demandant aux domestiques de le traiter avec les égards qu’on doit à son fils et en le justifiant officiellement en disant : ‟ mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ”. 

Pour le père de la parabole, se présenter à son fils comme étant le père ou dire ‟ je suis ton père ” serait presque une injure à sa propre paternité. Au contraire, la meilleure manière de manifester sa paternité est d’assumer son fils, de le traiter comme son fils quoi qu’il arrive. Etre père, c’est faire grandir son fils.

Cela exprime sans doute une caractéristique de la paternité de Dieu. On la retrouve en effet lorsque la voix du Père se fait entendre quand Jésus est baptisé par Jean dans le Jourdain (Matthieu 3, 17 ; Marc 1, 11) ou lorsqu’il est transfiguré (Matthieu 17, 5 ; Marc 9, 7) : « Celui-ci est mon fils bien-aimé ! ». On n’entend jamais le Père dire ‟Je suis le Père”. La manière propre pour Dieu-Père d’exprimer sa paternité consiste essentiellement à reconnaitre son fils et à dire l’amour qu’il a pour lui ! Voilà sans doute une caractéristique d’une véritable paternité qui peut guider la remise à l’honneur de la paternité, si nécessaire aujourd’hui. Oui, être père c’est dire avec amour : ‟ tu es mon fils bien-aimé, tu es ma fille bien-aimée ” !

D. Martin PANHARD