Il n’est pas mauvais que les cordonniers soient mal chaussés !

Il n’est pas mauvais que les cordonniers soient mal chaussés !

Il n’est pas mauvais que les cordonniers soient mal chaussés ! 150 150 Paroisses de Saint-Raphael

Tout le monde connait ce dicton : « les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés ». Cet autre dicton semblait connu à l’époque de Jésus : « Médecin, guéris-toi toi-même ». Laissant entendre peut-être qu’un médecin doit faire la preuve de la qualité de sa médecine en se garantissant au moins à lui-même une bonne santé. Comment faire confiance à un médecin malade ? Cette prudence n’est pas forcément stupide mais elle occulte quelque chose d’essentiel à la profession qui s’appelle l’abnégation. Que dire d’un médecin qui se soigne lui-même alors que les autres autour de lui sont malades ? Quel médecin n’a pas choisi cette profession poussé par un sens du service, un sens du bien à faire aux autres ? Il est donc bon signe parfois que, dans des proportions raisonnables, un médecin soit un peu malade ou fatigué mais continue à soigner les autres. Autrement dit, finalement, un médecin est un bon médecin quand il se dévoue pour les autres au détriment éventuellement de son propre confort. De la même manière cela peut être bon signe qu’un cordonnier soit mal chaussé, pourvu que ses clients le soient bien.

Mais ce ne semble pas être l’avis des Nazaréens dans ce début de l’évangile de saint Luc. Ils n’acceptent pas que les prophètes d’Israël, Elie et Elisée, aient rendu leurs services non pas à Israël mais à des étrangers. Leur monde, c’est Nazareth. Il n’est pas question que le bien qui se fait ailleurs ne soit pas d’abord pour eux. De la même manière que le médecin perd son âme quand il n’est plus préoccupé d’abord de la santé des autres, ces Nazaréens perdent ce qui aurait pu être pour eux une nouvelle raison de vivre : accueillir et imiter la vocation du véritable médecin qui est en plus l’enfant du pays. En fait, Jésus guérit en nous apprenant que c’est en donnant sa vie qu’on la trouve pour la vie éternelle. Sur la croix, il est celui qui refusera de répondre à l’injonction « Sauve-toi toi-même et nous avec, descends de la croix ! ». Non, il n’est pas venu pour se sauver lui-même ni pour se guérir lui-même. Jésus est venu pour donner sa vie pour la multitude. Par ses blessures, nous sommes guéris. Mais, comme allergiques à cette idée que vivre vraiment c’est vivre pour les autres, les gens de Nazareth excluent Jésus de leur ville et cherchent à le tuer.

Voilà la violence que nous faisons nous-mêmes à Jésus lorsque nous pensons vivre religieusement sans vouloir entendre vraiment ce en quoi elle consiste. Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir.

D. Martin PANHARD