Faut-il être pauvre pour devenir un saint ?

Faut-il être pauvre pour devenir un saint ?

Faut-il être pauvre pour devenir un saint ? 150 150 Paroisses de Saint-Raphael

La sainteté est d’abord l’oeuvre de Dieu en l’homme, oeuvre par laquelle il rend cet homme miséricordieux comme il est lui-même miséricordieux. C’est en progressant dans la charité que l’on devient un saint. Mais ce progrès dans la charité rencontre bien des obstacles parmi lesquels le plus répandu est l’amour excessif de l’argent. C’est pourquoi la pauvreté volontaire est un moyen privilégié de sanctification.

La vie divine et l’argent

La sainteté chrétienne n’est rien d’autre que la vie divine. Dieu est amour et veut faire participer la créature  spirituelle à l’amour éternel. Dieu est pure miséricorde et veut nous rendre miséricordieux comme lui-même est miséricordieux. Dire cela c’est reconnaître les résistances que chacun d’entre nous oppose au projet de Dieu. Car si dans les profondeurs de notre être, il y a une aspiration à vivre sur le mode du don de soi et de la générosité, la plupart du temps nous sommes attirés par des plaisirs immédiats et faciles. Vivant de façon superficielle, désordonnée, nous sommes plus préoccupés de nous satisfaire nous mêmes que de plaire à Dieu et de servir nos frères. Dans l’Ancienne Alliance, cette résistance au projet de Dieu se manifeste par l’idolâtrie, c’est-à-dire comme tendance à identifier Dieu à l’objet de nos désirs désordonnés. C’est ce que montre le célèbre épisode du veau d’or : la Bible appelle par dérision « veau » ce qui fascinait les hommes de l’époque, le taureau symbole de force et de fécondité. Et l’or dont était faite la statue symbolisait la richesse.

L’argent dans la Bible

Dans un premier temps, les prophètes ont surtout combattu l’idolâtrie. Mais très rapidement, ils ont mis en lumière le lien qui unissait cette pratique religieuse aberrante avec le goût des richesses. Face aux riches insolents et arrogants, ils ont décrit le juste comme pauvre, persécuté, humilié mais comme celui que Dieu aime d’un amour particulier. Jésus, dans tout son discours, reprend et radicalise cet enseignement prophétique. De façon très claire, il énonce qu’entre Dieu et l’argent, il faut choisir : « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon ». Pour Jésus, l’argent est au service de l’homme. C’est un bon serviteur mais un mauvais maître. Après la résurrection de Jésus, les premiers disciples veulent mettre en pratique les exigences du Christ en renonçant à tous leurs biens au profit des pauvres et de la communauté. Mais très vite l’Église se rend compte de ce qu’une telle pratique peut avoir d’excessif.

L’homme et l’argent

Il faut bien comprendre que la charité ne supprime pas les exigences de la justice et de la prudence. La terre a été confiée à l’homme pour que celui-ci puisse, par son travail, en tirer sa subsistance. Et le bon sens nous montre que, dans la gestion des biens terrestres, il faut confier à chacun sa part de responsabilité
plutôt que de compter sur une gestion collective. En revanche, le péché de richesse commence, lorsque l’homme s’approprie pour son usage exclusif, les richesses dont il n’est que le gérant. Être détaché des biens matériels ce n’est pas forcément renoncer à prendre sa place dans la vie économique mais c’est faire profiter autrui, et en particulier les plus pauvres, des richesses que l’on a produites.

Père Laurent Sentis