« Fais-lui grâce »

« Fais-lui grâce »

« Fais-lui grâce » 150 150 Paroisses de Saint-Raphael

La semaine dernière et la semaine prochaine, l’Evangile dominical porte la même thématique : l’identité de Jésus et le rôle singulier de Pierre dans l’affirmation de cette identité. Aujourd’hui, on sort du cadre d’Israël comme peuple élu, tant au plan théologique qu’au plan historique et géographique. Qui sont ces Cananéens dont l’Ancien Testament parle abondamment ?

Dans la Bible (Genèse 10,6), Cana’an est l’un des petits fils de Noé (4ème fils de Cham, lui-même 2ème fils de Noé). Scientifiquement, il est sûr que les Cananéens dominent une large région recouvrant les pays actuels de Syrie, le Liban et d’Israël dès le 3ème millénaire avant J.C. L’Egypte des pharaons mènera de nombreuses guerres contre eux. Ils sont chassés d’Israël par les Hébreux au terme de leur exode dans le désert. On les identifie aujourd’hui aux phéniciens de l’Antiquité romaine. Les Cananéens symbolisent tout ce que le Peuple élu rejette : polythéisme, idolâtrie, sacrifices humains… Se mélanger à eux est considéré comme le péché suprême pour les juifs. C’est pourtant une fille de ce peuple honni qui interpelle Jésus en lui donnant de manière étonnante son titre messianique de « Fils de David », en lui demandant non une guérison mais la libération de sa fille possédée.

C’est finalement la question de la grâce accordée à tous qui constitue le point essentiel de cet épisode : avec le Christ, ce n’est plus le seul peuple d’Israël mais toute l’humanité qui est appelée au salut par la grâce. Les juifs considéraient les païens comme des chiens ; le caractère traditionnel de cette image et la forme diminutive employée par Jésus atténuent ce que l’emploi du mot pourrait avoir de méprisant. Notons au passage que la grâce est quand même donnée en terre d’Israël (verset 22).

La véritable traduction de « renvoie-là » est « fais-lui grâce » ; c’est d’ailleurs le même mot grec employé pour le débiteur impitoyable (Matthieu 18,27) et aussi le Vendredi Saint pour décrire la grâce annuelle accordée à un condamné à mort par le gouverneur païen lors de la Pâque juive (Matthieu 27,15). Pour en être « débarrassés », ce sont les disciples, prophètes involontaires, qui demandent pour cette femme, la libération…

Jusqu’à la Croix, les païens devaient se contenter des « miettes de la grâce » (comme Naaman le Syrien). Désormais, le salut est ouvert à tous : le baptême remplace la circoncision et est destinée à tous les peuples de la terre (finale de Matthieu 28,19 : « allez, de toutes les nations faites des disciples et baptisezles », ultime commandement de Jésus à des Apôtres).

La mission de l’Eglise est universelle (c’est le sens grec du mot « catholique »). Dans cette oeuvre de conversion universelle, si longue et si laborieuse qu’elle puisse être, le Christ agit chaque jour par son Eglise. Cette grâce est surtout synonyme de libération pour l’homme, libération de sonpéché, libération de ce qui le déshumanise. Le nouveau peuple est désormaisconstitué non plus d’esclaves mais d’hommes libres, de fils de Dieu.

D. Stéphane PELISSIER