Firmabo super te oculos meos

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Firmabo super te oculos meos 150 150 Paroisses de Saint-Raphael

Cet Evangile, bien qu’éloquent, pourrait être interprété de manière bien superficielle ! Une lecture un peu trop rapide laisserait croire que l’humilité est acquise par le simple fait de prendre la dernière place. Malheureusement, ce peut être l’orgueil qui nous pousse à nous asseoir au dernier rang. Nous savons tous que la vanité peut prendre le masque de la modestie !

L’humilité a ceci de particulier, qu’elle s’ignore elle même. Elle ne peut s’obtenir par calcul ! Le théologien Urs Von Balthasar dit à son propos : « Il est difficile de définir l’humilité comme vertu. On ne peut pas vraiment chercher à l’acquérir, car on voudrait alors arriver à quelque chose. Ceux qui possèdent cette vertu ne peuvent ni le savoir, ni le constater. On peut simplement dire négativement : l’homme ne doit rien chercher pour lui même. Alors, il ne se met pas de lui-même à la place éminente où l’on est vu, remarqué, hautement estimé ; il ne doit pas non plus calculer qui il doit inviter à un repas pour être invité en retour. S’il se met à la dernière place, ce n’est pas pour être jugé humble et si on le prie de monter plus haut, cela ne le réjouit pas pour lui-même, mais comme témoignage de la bienveillance de celui qui l’a invité. Il ne s’évalue pas du tout lui-même parce qu’il n’attache pas d’intérêt au rang qu’il occupe parmi les hommes. »

En définitive, l’humilité consiste à se perdre de vue !
Comment donc appliquer ce conseil du Siracide : « Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité » ?

Je crois qu’un seul chemin nous donne accès à l’humilité : celui de l’amour. Etre humble n’est possible que lorsque l’on a trouvé un « autre » qui nous permet d’accomplir ce décentrement. Nous ne pouvons nous perdre de vue que si notre regard est attiré par un autre que nous même ! Or plus cet autre exerce sur nous une attraction vitale, plus il est digne d’amour, plus facile sera l’acquisition de l’humilité !

Voici pourquoi saint Paul, dans l’Epitre aux hébreux, nous rappelle le but de notre chemin : « Frères, quand vous êtes venus vers Dieu, (…) vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des myriades d’anges en fête et vers l’assemblée des premiersnés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous, et vers les esprits des justes amenés à la perfection. Vous êtes
venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle. »

Chers amis, seule la contemplation de la beauté divine peut exercer sur nous une attraction suffisamment forte et durable pour nous donner de nous oublier un peu. Laissons donc nos yeux fixés sur le Christ, pour nous laisser éblouir par son amour ! Sa présence rayonne de partout dans la création ! Il est ce « tout autre » qui, tout en demeurant transcendant, s’est aussi fait tout proche et habite notre intimité profonde. Perdons-nous donc de vue et, comme nous le recommande saint Bernard : « Élevez-vous par l’humilité. Telle est la voie ; il n’y en a pas d’autre. Qui cherche à progresser autrement tombe plus vite qu’il ne monte. Seule l’humilité exalte, seule elle conduit à la vie. »

D. Louis-Marie DUPORT